Exercer sa motricité globale à l’intérieur : quelques idées version bois

Mes enfants sont très branchés motricité globale en ce moment, notamment parce que ça leur permet de jouer ensemble malgré leur différence d’âge. L’aîné organise des parcours, fait la démonstration et encourage sa petite sœur comme s’il l’entraînait pour de futurs jeux olympiques. C’est assez amusant à voir. Toutefois, si j’ai désormais renoncé à répéter à longueur de journée qu’on ne fait pas de trampoline sur le canapé (rassure-moi, chez toi aussi il y a des enfants debout sur ton mobilier de salon ?), je préfère que leur enthousiasme s’exerce sur un matériel adapté. Nous avons beau passer un maximum de temps dehors, nous habitons en appartement et notre grande terrasse est un espace largement insuffisant pour que puisse s’y libérer l’énergie des enfants. Quelques outils sont donc les bienvenus ; ils ont en outre l’avantage de travailler l’équilibre, l’orientation dans l’espace et de solliciter des muscles moins souvent mis à l’épreuve.

Il y a quelques semaines, je partageais cette réflexion sur Instagram en demandant des conseils quant aux structures les plus populaires auprès des enfants en matière de motricité globale, conçues pour l’intérieur. A partir des réponses reçues et de mes propres découvertes, j’ai regroupé les idées qui me séduisaient le plus. Je te propose aujourd’hui de découvrir la « version bois » ; je réserve à plus tard une « version plastique », moins esthétique, avec les structures pour lesquelles un équivalent en matière naturelle n’est pas envisageable. Toutes les idées retenues prennent bien entendu le parti de la motricité libre, principe cher à ce blog. Si tu as d’autres idées, n’hésite pas à les partager en commentaire.

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Quand les mômes cuisinent : le gâteau au chocolat simplissime et délicieux

Toute famille qui a l’ambition d’inviter la pédagogie Montessori dans sa maison accorde une place de choix à la cuisine : c’est l’endroit par excellence où les enfants pourront affiner leur motricité fine en exécutant des tâches de plus en plus complexes, exercer leurs compétences exécutrices en suivant les différentes étapes de réalisation d’une recette, et bien entendu gagner en autonomie et en confiance en soi en participant à une activité très concrète de la vie de famille : la préparation des repas. Nul doute que vos enfants seront fiers de voir déguster par toute la famille leur création !

À la maison, c’est surtout pour les desserts que j’invite les enfants à cuisiner : j’ai le bec sucré et cela fait bien longtemps que je ne souhaite plus acheter de gâteaux et de biscuits dans le commerce. Nous avons désormais une demi-douzaine de recettes préférées, que nous déclinons selon notre humeur. Le gâteau au chocolat que je vous présente aujourd’hui est incontestablement le grand favori. Il est simplissime à cuisiner, car il comporte peu d’ingrédients et ne nécessite aucune opération complexe (comme séparer les jaunes des blancs ou monter ces derniers en neige) : ce gâteau peut donc être réalisé aisément avec des bambins. Les plus grands seront initiés aux mesures et éventuellement à la cuisson. Typiquement montessorien : n’oubliez pas d’inclure les enfants dans l’étape de la vaisselle ! Ils y trouvent souvent plus d’intérêt que nous.

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Blog à facettes

Les deux derniers articles que j’ai écrits ici portaient sur la mode éthique pour enfants. Au moment de leur publication, on enterrait en Belgique la petite Mawda, deux ans, tuée par une balle perdue tirée par l’un des policiers qui poursuivait la camionnette dans laquelle elle fuyait en compagnie de sa famille et d’autres réfugiés. Il paraît que les balles se perdent désormais en Belgique et, bien sûr, l’ironie, l’insoutenable ironique, de la situation m’empêche de trouver les mots pour dire combien cela me rend triste, combien j’ai honte de mon inertie, de mon pays et de son gouvernement mené par un fantoche aux mains de l’extrême droite, combien je vomis l’hypocrisie et l’opportunisme du discours politique, combien je me sens impuissante face aux discours de la peur et de la haine, parce que moi je n’ai que les mots comme arme et que les mots, alors, semblent à la fois si envahissants – chacun y allant de sa petite opinion personnelle à coup de sondages médiatiques d’un cynisme éclairé : « Pour ou contre l’obtention du droit d’asile pour les parents de Mawda ? » – et si impuissants – pour informer, sensibiliser, appeler à l’empathie, lutter contre les amalgames, défendre les minorités… Alors, le jour je donne cours et j’écris des articles sur des vêtements pour enfants, et le soir je vais accrocher un body trop petit de ma fille à côté de centaines d’autres devant le palais de justice de Bruxelles et je me tiens en silence dans la nuit une bougie à la main. J’essaye de ne pas trop penser au fait que ma fille, comme Mawda, va bientôt avoir deux ans, parce que ça n’aurait pas été plus terrible si cela avait été un adulte frappé par cette balle. Le cliché aurait simplement été moins foudroyant.

Depuis un mois, donc, le silence.

Parce que Mawda méritait plus qu’une minute. Plus que mon désarroi. Plus qu’une bafouille maladroite. Plus que mes épaules voûtées et mes mains qu’on dirait amputées à force de ne plus trop savoir qu’en faire.

Moi, je vais continuer à écrire ici sur les vêtements pour enfants, sur du matériel et du mobilier conçus pour développer le potentiel créatif de l’enfant, sur une éducation qui s’émerveille de l’enfance, pour témoigner de combien j’ai confiance dans la force, le courage, la générosité, l’altruisme et l’intelligence de l’enfant, pour crier combien je sais qu’il est difficile de lutter contre toutes formes de violences à l’égard des enfants tant celles-ci sont profondément ancrées dans notre propre éducation, combien je suis convaincue qu’il est crucial de le faire et combien les enfants méritent qu’on leur témoigne respect, admiration, confiance, écoute et amour.

Derrière chacun des mots qui seront posés ici, il y aura toujours cet entêtement-là. Derrière chacun de mes articles, aussi futile puisse-t-il être, je serai debout une petite flamme à la main. Et je trouverai encore la force d’ouvrir la bouche, de lever le poing et d’abattre celui-ci sur la table, quand bien même il n’y aurait que mes proches pour s’émouvoir avec moi. A ceux-là qui me témoignent que je ne suis pas seule, merci. A ceux qui m’informent, qui m’apprennent et me donnent foi, à ceux qui ouvrent leur porte, véhiculent des illégaux de parcs en maisons, se tiennent debout dans le noir avec moi, merci.

La ritournelle : vêtements de seconde main pour enfants à Schaerbeek

Une fois n’est pas coutume, un petit article pour les Bruxellois.

Depuis que je m’y suis installée il y a trois ans, mon quartier change et c’est tant mieux ! Oh, certains diront bien qu’il se boboïse, mais du moment qu’il s’agit de préserver la mixité culturelle en offrant des alternatives au supermarché du coin, je m’en réjouis. Schaerbeek avait déjà son marché bio, son café poussette, sa ruche et son merveilleux caviste (Passion for wine, place Colignon, pour ceux que cela intéresse autant que moi, hum hum), la commune possède désormais un dépôt-vente de vêtements de seconde main pour enfants : La ritournelle. Bien entendu, il y avait déjà les vesti-boutiques d’Oxfam et de la Croix-Rouge, qui recèlent quelques trésors à des prix tout à fait imbattables, mais La ritournelle devrait nous permettre de remplir la garde-robe de nos petits en minimisant notre impact sur la planète. La sélection y est soignée et joliment présentée, il ne manque plus qu’elle s’étoffe davantage !

Je venais chercher un chapeau pour mon fils, mais ils avaient été pris d’assaut dès les premiers rayons de soleil. Nous sommes repartis avec deux shorts très girly choisis pour et par lui, et avec un chemisier en liberty pour June (pièce que je ne m’autorise à acheter qu’en seconde main, d’où le fait que j’étais tout à fait en joie). Avis aux amateurs pour les dépôts : prenez rendez-vous dès aujourd’hui, car il semblerait que l’agenda de La ritournelle soit complet jusqu’en… octobre !

La ritournelle, rue des Pâquerettes, 77 à 1030 Schaerbeek – facebookinstagram

 

Minimalisma : pour esquisser le délicat pas de danse qui enjolive le quotidien

J’écris moins à propos de vêtements ici, car si la garde-robe de mes enfants demeure bien (trop) garnie, je suis fidèle depuis quatre ou cinq saisons à des marques que j’aime énormément : FUB (Birgit de Fool de wool disait encore de moi tout à l’heure que j’étais « irrémédiablement pervertie par les imprimés de FUB », si si, je cite), Gray Label, Monkind et Poudre organic, pour l’essentiel, et Aymara ou Waddler pour pulls. Mais vraisemblablement, ces articles t’aident et te font gagner du temps, et c’est toujours avec plaisir que je les écris. Cela fait plusieurs mois que j’avais envie de tester les basiques de Minimalisma, dont j’avais déjà eu un magnifique body volanté l’été dernier, mais il y avait toujours un FUB pour me détourner de ma résolution. Et puis Birgit – parce que si tu me suis, tu auras compris que c’est TOUJOURS Birgit qui me pervertit, hein – m’a glissé le catalogue Minimalisma dans les mains en début de saison et brusquement, j’ai perdu pieds, et je me suis retrouvée avec des débardeurs pour moi et, pour faire semblant que je n’étais pas autocentrée, deux t-shirts en soie pour glisser sous les robes de June et un nouveau body volanté qui attendait sagement le soleil.

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Je veux continuer à porter mon (graaaaaand) bébé !

Début février, Magalie qui a fondé la boutique A portée de bisous m’a proposé un partenariat ; désireuse de profiter de son expertise en matière de portage, je lui ai demandé de m’aider à choisir un porte-bébé qui me permettrait de porter encore ma petite potelée de bientôt deux ans et 13kg. Après discussion, Magalie m’a envoyé un préformé de la marque Beco, conçu pour les enfants de 12 à 27 kg. J’ai ainsi pu tester un véritable « porte-bambin », et en avoir un ressenti très différent de mes précédentes expériences de préformés.

Porter un bébé… qui n’en est déjà plus vraiment un

Moi et le portage, c’est vraiment une histoire d’amour. Je sais qu’il en va de même pour de nombreux parents. Je l’ai déjà écrit ici : je ne savais pas avant d’avoir mon premier enfant si j’allais ou non l’allaiter, mais je savais que je voulais le porter. Et j’ai porté mes deux enfants. Beaucoup. A la folie. Le portage m’a sauvée durant les premiers mois de mon aîné, lorsqu’il souffrait de reflux, et les meilleurs souvenirs que j’ai d’après la naissance de June sont immanquablement liés au portage (lorsque j’imagine cette période, je me revois passant tout l’été en peau à peau avec ma fille en écharpe, tout en jouant à des jeux de société avec mon fils).

Il arrive pourtant un temps (ou plutôt un poids) où je ne suis plus en mesure de porter mon enfant. En tout cas, plus sur le ventre et plus très longtemps. Mon dos et mes épaules me font souffrir. Et je t’avoue que voir cette période se profiler est un véritable déchirement. Je veux encore porter mon bébé.

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La découverte des lettres rugueuses : comparatif de trois coffrets « Montessori »

Pourquoi les lettres rugueuses ?

Maria Montessori a énormément valorisé l’intelligence de la main (clic, clic) : pour Montessori, la main est l’organe moteur par le biais duquel l’homme entre en contact avec ce qui l’entoure ; elle appartient simultanément au corps et à l’esprit. En développant la musculature et la sensibilité de ses doigts, l’enfant affine sa compréhension du monde. C’est un principe fondateur de la pédagogie Montessori qui me parle beaucoup.

Dans la pédagogie Montessori, les lettres rugueuses permettent de préparer dans le même temps l’enfant à l’écriture et à la lecture. Il s’agit de conférer à chaque lettre une épaisseur et un « grain », afin de l’appréhender à la fois par  l’ouïe, le regard ET le toucher : reproduisant le geste de l’adulte qui vient de lui en faire la démonstration, l’enfant prononce le son de la lettre, la reconnaît et suit son tracé du bout des doigts. À l’heure de la découverte des différents types d’intelligence et de canaux de mémorisation, la pertinence de cette approche qui fait appel aux compétences auditives, visuelles et kinesthésiques – ces dernières étant bien souvent peu exploitées sur les bancs d’école – nous apparaît clairement !

 

Pourquoi des lettres cursives ?

La pédagogie Montessori choisit de présenter les lettres cursives plutôt que les « capitales » ou « lettres bâtons », puisque ce sont celles que nous utiliserons toute notre vie pour écrire. Ce choix est donc corrélé à l’approche sensorielle de la lettre que j’ai rapidement décrite ci-dessus : rien ne sert de se mettre dans les doigts des lettres qu’on n’écrira pas par la suite. En outre, la fluidité du tracé des cursives est perçu comme un exercice capable de muscler et d’assouplir davantage le mouvement de la main, en vue de préparer celle-ci à l’écriture.

Néanmoins, malgré le fait que j’aie choisi de présenter les lettres cursives à mon fils, celui-ci les identifie encore mal et leur préfère nettement les lettres « bâtons ». Si je l’accompagne volontiers dans cette découverte, je préfère éviter de lui faire appréhender cette écriture sous forme de lettres rugueuses, pour lesquelles je réitère mes propositions de cursives. Cela n’engage toutefois que moi.

 

Quelles lettres rugueuses choisir ?

Dernièrement, nous nous sommes retrouvés en possession de trois coffrets de lettres rugueuses estampillés « Montessori » à la maison : j’ai acheté le premier la veille du jour où le deuxième fut offert à Django par sa marraine, et deux semaines plus tard nous avons reçu le troisième d’un éditeur. J’avais eu moi-même beaucoup de mal à choisir le coffret dans lequel je me suis décidée à investir : j’ai une idée bien précise de ce que je voudrais trouver en guise de lettres rugueuses et il m’a été difficile de me faire une idée de ce que contenait exactement les différents coffrets proposés. Aussi, je me propose de te faciliter la tâche en te montrant ce que j’ai actuellement dans les mains (mais sache qu’il en existe encore d’autres, les éditeurs jeunesse surfant joyeusement sur la vague d’engouement pour les pédagogies actives). Je vais essayer de rester la plus objective possible et de ne pas trop donner mon avis pour une fois, car ces coffrets ont chacun leurs défauts et leurs qualités. Je dois reconnaître d’emblée qu’aucun d’entre eux ne correspond exactement à ce que j’aurais voulu trouver, et que si c’est également ton cas, tu n’auras pas vraiment d’autre choix que de le réaliser toi-même. Tout dépend de tes critères pour l’usage que tu souhaites en faire.

 Le coffret Montessori des lettres rugueuses de Balthazar* chez Hatier

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Les tiges d’encastrement Montessori

La lecture de Maria Montessori m’a appris à regarder les mains de l’enfant travailler (voir L’esprit absorbant de l’enfant* par exemple). Depuis, il y a certaines activités que je ne me lasse pas de voir les tout-petits exécuter. Voici un matériel que j’ai envie de te montrer depuis quelques mois, mais qu’il me fut difficile à prendre en photo. J’ai profité d’un moment où June était trop fatiguée que pour vraiment remarquer la présence de l’appareil et se déconcentrer : installée dans le canapé, tétine en bouche, elle a choisi de répéter un encastrement sur tige qu’elle maîtrise depuis longtemps déjà, après avoir décidé de cacher les deux autres rondelles sous un coussin (?).

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Plutôt que jeter #4 : transformer un lange en « béguin minute »

Non, non, je n’ai pas renoncé à partager gratuitement des patrons de couture très simples sur la Toile : je ne couds tout simplement quasi plus rien de « neuf » ; je répare, je rapièce, je transforme un vieux pantalon de papa en short pour les enfants ou une robe en pantalon de pyjama, mais pas le moindre magazine de couture n’est venu enrichir ma collection depuis deux ans et je n’ai acheté de tissu que pour des projets spéciaux (telle la petite poupée d’inspiration Waldorf cousue pour mon filleul). Je n’ai plus le temps de coudre la garde-robe des enfants et même si je l’avais, l’envie n’y serait pas : la couture a toujours été pour moi un outil plus qu’une passion, et j’aime décidément bien trop les vêtements éthiques pour enfants que pour éprouver la nécessité d’inventer et de coudre mes propres modèles.

Du coup, si je me mets derrière mes machines, il faut que cela soit hyper rentable : un parfait compromis entre 1) voir diminuer la montagne de tissu de récup’ qui menace d’envahir mon chez-moi, 2) dans une durée de temps plus que raisonnable, 3) pour un résultat qui promet d’être probant. Autant de considérations qui me décident à rédiger ce tutoriel particulièrement facile d’un béguin réalisé pour ma poupée l’été dernier et qui s’avère parfait pour le printemps qui vient de poindre.

Ce « béguin minute » est réalisé à partir d’un petit lange en coton organique qui ne nous servait plus et auquel je suis particulièrement heureuse d’avoir donné une nouvelle vie tant je l’aimais. Je suis sûre que toi aussi tu trouveras bien un joli lange taché ou avec un fil tiré que tu pourras transformer en joli béguin : grâce à lui, c’est un ourlet en moins que tu devras coudre, et autant d’énergie et de temps sauvés !

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Le temps qui passe et la symbolique de l’héritage : deux albums pour les 3-6 ans

Sauf quand il s’agit de déplier une explication scientifique (du type « comment fait-on les bébés »), j’aime que les albums jeunesse – et la littérature en général – ne soient pas trop explicites. J’aime que la poésie d’un livre nous permette d’y trouver les réponses que nous sommes venus chercher – consciemment ou inconsciemment – ou qu’au contraire elle nous incite à nous questionner. J’aime que le texte et le dessin puissent susciter des lectures multiples, en fonction de l’âge ou du tempérament de leur jeune lecteur. Je déteste les livres pour enfants aux morales simplistes – et bien souvent fausses – (« sois gentil dans la vie, ou tu n’auras pas d’ami »), qui me donnent toujours l’impression de prendre les enfants pour des imbéciles.

Toutes ces raisons expliquent pourquoi j’ai eu un véritable coup de cœur pour Ici et là, les maisons d’Akira et Mon arbre, deux albums qui abordent, de manière très différente, la symbolique de l’héritage générationnel et la question du temps qui passe, en approchant de ce fait quelques thèmes essentiels pour les enfants autour de trois ou quatre ans : la famille, la vieillesse et la mort.

Ici et là, les maisons d’Akira*

Sous la forme d’un conte initiatique, les fabuleux dessins de Clotilde Perrin nous font voyager à travers les différentes étapes de la vie d’Akira : chaque grand moment de la vie (la naissance, l’indépendance, l’amour…) vient s’incarner dans l’architecture d’une « maison ». La poétique de l’espace est particulièrement bien menée par l’auteure Claire Ubac : le talent de l’album à demeurer du côté de la suggestion permet différents niveaux de lecture, ce qui en fait un album particulièrement adéquat pour les fratries, et la symbolique spatiale permet à l’enfant d’appréhender ces grands moments de passage sur le registre du sensible plutôt que sur un mode intellectuel. Autrement dit, on n’est pas du côté de l’explication, mais du côté de l’image : il s’agit pour l’enfant de ressentir par son imaginaire et son corps plutôt que de saisir par la raison, c’est-à-dire de faire appel au vecteur d’apprentissage privilégier des enfants avant six ou sept ans (et que notre société contemporaine a par ailleurs plutôt tendance à négliger).

Mon arbre*

Un grand-père plante un arbre pour la naissance de son petit-fils. Chaque année, l’anniversaire de l’enfant est l’occasion de rendre visite à l’arbre et de déposer à son pied une pierre. Le petit garçon et son grand-père se tiennent à ce rituel jusqu’à la mort de ce dernier. Par la suite, l’adolescent puis l’adulte continuera de bâtir année après année un muret autour de son arbre, en-dessous duquel joue désormais son propre enfant. Il entretient le souvenir de son grand-père, finissant par atteindre l’âge de ce dernier au moment de sa naissance, puis à le dépasser. Page après page, le temps chemine et les générations se dessinent à travers les riches illustrations d’Emilie Angebault. À travers la symbolique de cet arbre destiné à abriter sous son feuillage des générations de jeux d’enfants, ce sont les thèmes de la transmission et de l’héritage que Mélanie Edwards aborde de manière tendre et touchante. L’album se termine par le dessin d’un arbre généalogique que l’on peut soi-même compléter. Sur ses branches se tiennent un nain et une fée, deux de ces personnages imaginaires qu’on retrouve à chaque page telles de subtiles allusions aux jeux du narrateur lorsqu’il rendait visite à son arbre en compagnie de son grand-père : une manière de souligner que les échos de l’enfance perdurent malgré les années qui passent… et malgré les épreuves que nous imposent la vie.