Le premier pas de l’enfant est un événement attendu impatiemment et vivement célébré par son entourage. « Hourra, il marche ! » Maria Montessori rappelle cependant que cette joyeuse exclamation est malheureusement souvent suivie de mesures visant à limiter les besoins de motricité de l’enfant, dans le but d’avoir l’esprit tranquille (« dans son parc, je sais mon enfant en sécurité », « je préfère le porter, ainsi nous ne serons pas en retard pour conduire l’aîné à l’école », etc.).

Or Montessori souligne que l’enfant qui commence à marcher a un besoin vital d’exercer cette activité nouvellement acquise et qu’il se jette dans cette entreprise avec un élan et une témérité que l’adulte se doit d’encourager.

 » Renoncer à ses propres besoins et répondre à ceux de l’être en voie de formation, telle est la ligne de conduite qui devrait être celle de l’adulte. »

Tu marches : bravo ! Maintenant, calque ton pas sur le mien !

Nous avons tendance à limiter les besoins de motricité du tout-petit, dans le but avoué :

  • d’assurer sa sécurité (ce petit être encore mal assuré sur ses deux jambes nous fait peur) ;
  • de répondre aux contingences temporelles et pragmatiques qui organisent nos existences (« C’est l’heure d’aller à la crèche », « Dépêche-toi ! », « Je vais te porter, nous irons plus vite », « Ne marche pas là, c’est sale / dangereux / glissant », etc.).

Ce faisant, nous imposons à nos enfants qu’ils se mettent à notre rythme (mais celui-ci est-il d’ailleurs vraiment le nôtre ?, en tirons-nous véritablement un bénéfice ?), qu’ils adoptent notre conduite, s’adaptent à nos objectifs.

Premiers pas. "Pas trop vite, pas trop vite" semble s'écrier la main de maman sur ce petit ventre.
Premiers pas. « Pas trop vite, pas trop vite » semble s’écrier la main de maman sur ce petit ventre.

Et si nous essayions plutôt de revoir nos impératifs et de nous mettre à l’écoute des besoins de l’enfant ?

« Marcher » : extraits

Maria Montessori, L’enfant, trad. de l’italien par G. Bernard, Paris, Desclée de Brouwer, 1936.

Pour que l’enfant perfectionne sa marche, il lui faut marcher.

[…]

la conquête de l’équilibre et de la sécurité de la marche est due à de longs exercices et, par conséquent, à l’effort individuel. On sait que l’enfant se met à marcher avec un élan irrésistible et courageux. Il avance avec témérité. C’est un véritable soldat qui s’élance à l’assaut, insouciant des risques. C’est bien pour cela que l’adulte l’entoure de protections qui sont des obstacles : il essaye de le tenir à l’abri dans un parc à enfants, ou bien il l’enferme dans une petite voiture [une poussette], alors même que ses jambes sont devenues robustes depuis longtemps.

[…] à la promenade, c’est encore l’enfant qui doit s’adapter à l’adulte ; il a des jambes plus courtes, moins de résistance aux longues marches, et l’adulte ne renonce pas à son propre rythme, [il] va, de son pas, vers l’endroit qu'[il] a choisi pour se promener, poussant la petite voiture dans laquelle l’enfant a, petit à petit, pris la fonction des fruits qu’on apporte au marché

[…]

L’enfant de dix-huit mois à deux ans est capable de parcourir des kilomètres. Il peut franchir des passages difficiles, monter des escaliers. Seulement, il marche avec un but différent du nôtre. Nous cheminons pour atteindre un but extérieur, et nous allons droit à ce but. L’enfant, lui, marche pour élaborer ses propres fonctions. Son but est donc de se créer lui-même. Il est lent. Son rythme n’est pas encore établi, mais les choses qui l’entourent l’attirent. L’aide que devrait apporter l’adulte serait, à ce moment, de renoncer à son propre rythme, à ses propres buts.

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En somme, les idées de Maria Montessori annonçaient déjà les grands principes de la motricité libre.

Je voulais partager cette lecture avec toi car je trouve qu’il n’est pas si facile de renoncer à toutes ces contingences qui nous semblent si essentielles au quotidien (aller à tel endroit, faire telle activité dans le laps de temps imparti, etc.). Une petite piqure de rappel ne me fait pas de mal de temps en temps.

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Gilet en tricot by Mamie (ne cherche pas, c’est ma maman) ; t-shirt en laine Manymonths ; chaussures Jack&Lily ; combinaison en polaire de laine Iobio ; bottines Little Blue Lamb ; bonnet maison.

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4 Comments on Montessori et la marche

  1. Merci pour cet article. Cela me conforte dans l’idée d’éviter de porter l’enfant qui veut se déplacer seul et lui laisser faire seul ce qu’il peut. (Comme systématiquement monter les marches des escaliers même si ça prend bien plus de temps :-). C’est vrai que ce n’est pas toujours facile mais je trouve que c’est déjà bien parti si on garde l’idée en tête de laisser un maximum l’enfant libre de ses mouvements.

  2. Merci pour cet article, les piqûres de rappel sont toujours bienvenues.

    Hélio n’en est pas encore là, mais il tient debout et adooooooore ça. J’ai tendance à le laisser le plus possible debout quand je suis avec lui (on sent qu’il aime, il teste, lâche une main, puis l’autre… retrouve son équilibre…) alors que ce serait plus simple de l’asseoir :). Mais j’aime beaucoup le regarder apprendre. On sent bien qu’il a envie, que c’est son truc du moment.
    Ce qui est moins évident, c’est avec le quotidien… Personnellement, je sais que je ne peux pas le faire de manière optimum, alors je le fais à minima dans les moments de jeu 🙂

    • Tu as raison Anne : il faut essayer de trouver un juste équilibre. De toute façon, il ne faut pas se leurrer, tant que nous vivons à un rythme hyper frénétique en essayant d’être de super mamans, de super épouses et des working girls accomplies (entre autres !), il me semble complètement impossible de pouvoir toujours se mettre au rythme de l’enfant. Sans compter que rien n’est prévu pour eux dans l’environnement urbain (en ville, en rue, dans le métro, etc.), ce qui nous oblige à les protéger de tout… Bref, le monde idéal est bien loin. Continuons d’y travailler, à notre mesure, à notre RYTHME 😉
      En tout cas, c’est déjà formidable que tu prennes le temps de t’arrêter pour observer Hélio faire toutes ces découvertes !

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