J’accepte très peu de partenariats. Pas par manque d’intérêt pour ce qui gravite ailleurs qu’autour de mon propre nombril, mais tout simplement parce que je me refuse à promouvoir un produit auquel je ne crois pas. C’est sûr, j’adorerais te faire gagner plein de jolis cadeaux tous les jours de la semaine, mais à la seule condition que ceux-ci soient bio, éthiques et / ou faits mains, issus d’un commerce de proximité, etc.

Non, je n’ai pas envie de faire un article sur les étiquettes thermocollantes ni sur telle boutique de tissus qui ne vend rien d’organique ou de naturel. Je suis désolée, ça ne m’intéresse pas. Quand je parle d’un de mes coups de cœur, je le fais toujours le plus honnêtement possible et gratuitement. Parfois, je reçois un produit qu’une boutique à envie de me faire découvrir et j’ai alors l’occasion de t’en faire gagner un à toi aussi. Là, bloguer devient un peu magique. Mais cela reste rare, et ce qui me motive à continuer à écrire, c’est tous les messages et les photos que tu m’envoies, les questions qu’on se pose ensemble, les clins d’œil qu’on s’adresse au quotidien en constatant que nous traversons les mêmes questionnements (existentiels !! ahah), etc.

Aussi, lorsque j’ai été contactée par une chargée de comm’ à propos d’un événement Pampers sur la motricité des bébés, auquel était associé Kind en Gezin, l’organisme chargé par le gouvernement flamand en Belgique du soutien à la parentalité et à la qualité des structures d’accueil pour bébés, je n’ai tout d’abord pas répondu. Moi qui utilise des langes lavables depuis la naissance de mon fils, promouvoir Pampers ? Très peu pour moi. Relancée à plusieurs reprises par cette personne, j’ai accepté de recevoir le kit press et d’en faire un retour sur le blog. J’ai mis longtemps à honorer cette promesse, car je ne savais pas très bien comment aborder ce sujet. Très sincèrement, ce que j’ai lu ne m’a pas plus…

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Le malaise

La question qui me met vraiment super mal à l’aise : quel est l’intérêt d’un organisme comme Kind en Gezin, censé promouvoir le bien-être de l’enfant sans s’occuper de publicité ou de marques, de collaborer avec un géant comme Pampers ?

Réception de subsides ?

Développement d’un programme particulier (aide aux familles dans le besoin, soutien aux structures d’accueil de la petite enfance… que sais-je encore) qui impliquerait de promouvoir la marque ?

La réponse que j’ai reçue à cette question est laconique :

Pampers et Kind en Gezin partagent une vision commune : celle de l’importance du jeu et du mouvement dans le développement sain et heureux des bébés. C’est de cette façon qu’ils se sont « trouvés ». La campagne 2014 de Kind en Gezin avait d’ailleurs pour thème « Les bébés qui bougent ont une longueur d’avance ». Pampers de son côté a à cœur d’offrir le meilleur soutien aux bébés dans leurs mouvements, grâce notamment à son lange Active Fit. Pampers est fier de partager cette vision et le fait via ses différentes plateformes de communication. C’est donc dans ce cadre-là que l’agence spécialisée dans le développement des tout-petits et la marque de couches ont décidé d’unir leurs forces pour sensibiliser les parents.

Le moins que je puisse dire est que je ne suis pas convaincue. Dire que « Pampers a à cœur d’offrir le meilleur soutien aux bébés dans leurs mouvements », c’est comme affirmer que Nestlé met tout en œuvre pour vaincre les problèmes de malnutrition en Afrique en y faisant la promotion de son lait en poudre (alors que dans ces régions, le manque d’eau potable rend extrêmement problématique l’utilisation de lait en poudre, justement, et que l’OMS recommande au contraire un soutien très actif pour l’allaitement maternel). Je ne dis pas que le produit de ces marques est fondamentalement mauvais (quoique j’ai bien mon avis sur la question, hein), mais qu’il ne faut pas nous prendre pour plus cons que nous ne le sommes. Le seul intérêt de géants comme ceux que je viens de citer, c’est bien entendu le profit… pas le bien-être de l’enfant. Je n’aime pas trop quand on essaye de nous faire croire qu’en portant tel type de lange, notre bébé sera indubitablement plus intelligent / heureux / épanoui / actif  (biffer la mention inutile) et que, bien évidemment, il dormira mieux et plus longtemps (parce que ça, c’est vraiment crucial pour les pauvres parents fatigués que nous sommes ; tellement fatigués d’ailleurs qu’on serait presque prêts à croire n’importe quels commerciaux qui tentent de nous vendre du rêve).

Bref. Ma question reste sans réponse et mon malaise entier. Je ne comprends pas cette association de Kind en Gezin avec Pampers. Je trouve tout à fait problématique qu’un organisme censé être neutre fasse explicitement la publicité de certains produits, de surcroît quand ceux-ci sont loin d’être les moins chers ou les meilleurs pour les bébés auxquels ils s’adressent.

Je rappelle au passage que les couches jetables sont généralement blanchies au chlore et contiennent des quantités variables de produits réputés dangereux pour la santé :

Clique pour agrandir le texte - source : article Ekopedia sur les langes lavables
Clique pour agrandir le texte – source : article Ekopedia sur les langes lavables

Sur la contenu du kit press

Parlons de ce qu’il y avait dans la jolie valisette du kit press qui m’a été envoyé à présent.

Puisque le projet s’inscrit dans la campagne de sensibilisation de Kind en Gezin intitulée « Les bébés qui bougent ont une longueur d’avance », le kit contient des astuces et des idées d’activités sur la motricité des bébés. Il est accompagné d’un calendrier des anniversaires Pampers (qui ne trouvera donc pas sa place sur les murs de ma cuisine, tu l’auras compris), et d’un cd de 5 chansons pour bouger avec bébé (petit aperçu musical disponible ici).

Alors, je comprends très bien l’importance de sensibiliser les familles à la nécessité de ne pas laisser les enfants – et a fortiori les bébés – végéter devant la télé ou dans le parc à barreaux, à l’heure où les problèmes d’obésité infantile sont des plus en plus fréquents. J’ai tout à fait conscience qu’il s’agit d’une problématique cruciale du domaine de la santé publique, et je trouve ça tout à fait bien qu’un organisme comme Kind en Gezin s’attaque au problème.

Sauf que…

… en bonne élève des principes de la motricité libre (pour savoir ce que c’est, rendez-vous sur Wikipédia), je ne suis pas non plus d’accord avec le contenu du dépliant Pampers « Baby on the move ! »

Pas question pour moi désormais d’installer un bébé « chaque jour un peu de temps sur le ventre », sous prétexte que « cela raffermira ses muscles et l’aidera à commencer à relever la tête et à la maintenir droite » ou de lui apprendre à marcher sur les pieds de son papa en le tenant par les bras (dixit la brochure, donc).

Les études d’Emmi Pikler ont démontré que non seulement c’était tout à fait inutile, mais que cela pouvait entraîner un développement des muscles non naturel et freiner l’acquisition de la confiance en soi. Cela ne veut pas dire que tu ne peux pas susciter l’intérêt de ton enfant en jouant avec lui, en te mettant au sol à ses côtés, par exemple, ou en disposant des objets (diverses matières, jeux de lumière, mobiles, jouets…) qui captiveront son attention. Mais il s’agit de ne pas intervenir directement sur le corps du petit enfant pour lui « apprendre » à se retourner, ramper, marcher, etc. ! C’est inutile, et parfois même dangereux (asseoir un bébé qui n’est pas capable de se mettre en position assise seul, dans un transat ou au sol, non seulement met à rude effort les muscles de son dos qui ne sont pas encore prêts à assumer ce type de travail, mais peu mettre bébé en danger s’il essaye de sortir de cette position seul… en heurtant fortement le sol avec sa tête par exemple). Les bébés sont naturellement poussés à découvrir leur environnement. A condition que celui-ci soit suffisamment sécurisé pour qu’ils puissent partir à l’aventure (voir mes articles à ce sujet) et que leur alimentation soit saine, il n’est pas nécessaire de leur faire faire du sport !!!

Bien entendu, tous les conseils de la brochure ne sont pas à jeter : mettre de la musique avec bébé, lui consacrer du temps, jouer à des jeux de balles, etc. sont évidemment d’excellentes idées à instaurer avec les tout-petits.

Enfin, en ce qui concerne la gamme de langes dont Pampers cherche de la sorte à faire la publicité, en soulignant leur incroyable capacité d’absorption et leur coupe si bien ajustée (perçois-tu suffisamment bien mon ironie ? dans le doute, je préfère préciser), je suis convaincue qu’aucun lange lavable (ou tout simplement bio, pour ceux qui n’ont pas envie de se lancer dans l’aventure des lavables), aussi volumineux soit-il, n’empêchera jamais un bébé d’apprendre à marcher.

Voilà. J’estime avoir fait le plus honnêtement possible un retour sur ce kit press autour de la question de la motricité des bébés. En réalité, j’aurais préféré ne pas en parler du tout, mais je me dis qu’il est peut-être utile de partager avec toi mon sentiment de malaise sur ce sujet…

Heureusement, j’ai reçu une revue d’un tout autre type dernièrement, et celle-là je l’aime d’amour !!! J’ai super hâte de t’en parler, alors je te dis à très vite sur ce blog pour des nouvelles plus réjouissantes.

Et si tu veux en savoir plus sur le sujet de la motricité libre, je te renvoie vers le blog Bougribouillons, qui en résume les grands principes en quelques illustrations très explicites et sur le site de l’association Pikler-Lóczy en France.

D'autres raisons de se gausser :

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8 Comments on S.O.S. blogueuse en détresse

  1. Bonjour et merci pour ce long article 🙂
    je comprend ton malaise et ton refus de promouvoir un produit qui ne tient pas compte ni du bien-être réel de l’enfant, ni de la protection de l’environnement, ni du développement du cerveau… à l’heure où toutes les connaissances sont disponibles en un clic, l’ignorance est un choix. Ceux qui ne veulent pas « croire » toutes ces réalités scientifiques incontestables, ferment les yeux. Il est grand temps que tout le monde (les industriels les premiers) prennent en compte les connaissances sur le fonctionnement du cerveau des enfants et que les habitudes changent. Ton article me donne envie d’aller au supermarché, coller une étiquette « poison » sur tous les produits destinés aux enfants qui contiennent au moins 1 produit toxique : il ne resterai vraiment pas grand-chose dans les rayons ! Bonne journée, et ne t’inquiète pas, nous sommes nombreux à refuser qu’on nous prenne pour des idiots.

  2. Forcement , sur ton blog tu vas prêcher des convaincues ! Un bref partage d’expérience néanmoins concernant les couches lavables . Dans notre tribu de 5 enfants nous en avons adopté 2 . Le premier au Mali et le second En Haïti post seisme . Le point commun de ces 2 pays est leur extrême denuement …. Et qu’ils utilisent des pampers dans leurs orphelinats !!! J’ai mis beaucoup de temps à faire accepter les couches lavables dont je n’avais plus l’utilité a la pouponnière de Bamako , et pourtant lorsque j’ai été chercher mon bébé alors âgé de 11 mois , ils etaient en pénurie de couches ( jetables donc) , il faisait donc dans son pyjama qu’il gardait toute la journée …
    Bref , aujourdhui ils utilisent les lavables ( youpie!)et je continue de leur fournir celles qui ne vont plus a ma petite derniere . Pour résumer : oui Pampers est vraiment partout et non , personne n’a tiré de leçon des bébés Africains morts d’avoir été nourris au lait maternisé jusqu’au jour où il y a eu pénurie … ( et je l’écris avec ma belette de 20 mois qui dort le téton en bouche ).

    • Katell, si je peux juste me permettre, les fabricants ont l’interdiction d’utiliser le terme de « lait maternisé » car ça n’a rien a voir avec du lait maternel mais doivent utiliser la mention « lait infantile »
      Je suis un peu tatillonne mais c’est un pas de plus vers la reconnaissance que l’allaitement est le moyen le plus bénéfique pour l’enfant.

      • Désolée Claire , j’avoue que je suis très ignorante en terme de lait infantile donc …puisque même mes adoptés ont bénéficié de lait maternel … je ferais attention la prochaine fois à employer les bons termes 🙂

        • 😀 Moi je le sais… mais j’ai tellement entendu mes propres parents parler de lait maternisé (c’était le terme à leur époque) que l’expression reste ancrée en moi.

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