Je ne suis pas Super Woman. C’est dommage, j’aurais bien voulu, mais j’ai filé mes collants et le « S » de mon costume est parti au lavage. Vraisemblablement l’ampleur de la tâche dépasse largement la puissance de mes pauvres petits bras. Je suis désolée, mon bébé, si j’oublie si souvent que c’est normal de ne pas pouvoir jouer sur tous les tableaux de la vie en même temps, si je laisse parfois la fatigue gagner et que je me mets en colère contre moi-même de n’être pas à la hauteur. Ne t’inquiète pas, mon chéri, ce n’est que le temps de verser une petite (minuscule) larme. Après, on ira à nouveau jouer à l’infini dans le jardin tous les deux, on cueillera des fleurs et on marchera sur des pelouses interdites, je mettrai une jolie robe, et papa et toi vous me laisserez croire encore que je suis une princesse, de pacotille certes, mais une princesse !

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Je me suis toujours un peu rêvée princesse. Petite, j’étais une enfant modèle, très sage, toujours souriante. Je ne voulais porter que des robes, avec de beaux collants colorés qui faisaient immanquablement craquer mes maîtresses d’école. Je voulais rayonner d’amour et projeter des pluies de paillettes dans le cœur de mon entourage.

À l’adolescence, je m’habillais de façon extrêmement délurée, mes copines faisaient des coiffures incroyables dans mes longs cheveux blonds, je sautais sur la moindre occasion festive ou carnavalesque pour revêtir une robe abracadabrante. Pour mon bal de fin d’études, ma maman m’a offert une sublime longue robe blanche qui tournait, tournait, tournait… Je me sentais la plus belle pour aller danser.

Quand j’ai rencontré ton papa, il me faisait me sentir plus que jamais princesse. En apprenant à me voir à travers ses yeux, j’ai appris à aimer mon corps tel qu’il était, à le découvrir, à mieux vivre avec ses défauts, à oublier peu à peu mes complexes.

Quand je suis tombée enceinte de toi, j’ai observé avec plaisir ce corps changer, j’ai essayé d’en prendre plus que jamais soin, j’ai souhaité très fort devenir énoooorme de toi, j’ai admiré ce ventre incroyable et j’ai ri de mes joues et de mes mollets gonflés par la rétention d’eau.

Après ta naissance, je me suis émerveillée de la rapidité avec laquelle mon corps reprenait forme, je me suis donné confiance en me rappelant souvent les mots de mon amie Sarah qui me disait qu’elle avait été si dépitée de l’état de son ventre après l’accouchement et puis tellement étonnée qu’il change et se remuscle aussi vite (mais qu’il ne fallait pas que je zappe les cours de gymnastique postnatale, gniack gniack).

Au bout de quelques semaines, mon ventre était plat. Après quelques mois, j’ai pu à nouveau enfiler mes jeans d’avant la grossesse. J’ai fini par délaisser les soutient-gorges d’allaitement que je portais scrupuleusement nuit et jour et qui faisaient l’horreur de ton papa. J’étais heureuse de ne pas avoir de vergetures et d’être à nouveau mince, c’est vrai, même un peu trop à mon goût puisque davantage qu’avant de te porter neuf mois, mais je ne me sentais pourtant pas princesse…

Pendant longtemps, mes cheveux, qui avaient énormément foncés après l’accouchement, se sont faire rares. Je les ai coupés très courts, j’ai essayé de ne plus y penser. De toute façon, je ne passais plus trop de temps devant les miroirs. Je n’ai pas fait grand chose pour essayer de camoufler les cernes sous mes yeux : je n’ai jamais porté beaucoup de maquillage et j’avais tellement d’autres choses dont m’occuper ! De toi, d’abord de toi, le plus possible de toi, parce que c’est vraiment ce qui m’était le plus facile et qui me procurait le plus de bonheur, et puis le reste : retourner travailler, gérer les contingences du quotidien et essayer aussi de mordre encore et toujours la vie à pleine dents. Bref, de mon corps, je me souciais peu. Et puis, je ne sais pas pourquoi, mais l’allaitement et le portage me faisaient me sentir belle, invincible ! J’étais pleine d’assurance d’être devenue ta maman… et complètement à la ramasse dans mes autres fonctions. Pour la femme fatale, la thésarde chevronnée, la fille brillante, l’amie infaillible, l’amoureuse tendre, il faudrait repasser.

De plus en plus souvent, à mesure sans doute que tu gagnes en indépendance, je regarde à nouveau ce corps et je m’interroge sur ces changements – certains imperceptibles, d’autres conséquents, la plupart irrévocables. C’est un lieu commun d’écrire que le corps d’une femme qui enfante est son champ de bataille, mais il est tellement vrai qu’il garde certaines traces du combat qu’il a mené… pour la vie. Ce n’est pas qu’une histoire de peau distendue et des kilos à perdre : la forme du corps évolue, les organes changent de place et de taille, le visage se transforme, les sensations ne sont plus les mêmes, etc. Si ces stigmates ne sont pas toujours visibles pour un œil extérieur, il ne faut pas croire qu’elles en sont nécessairement plus faciles à porter. Ni qu’elles n’apportent que de la peine, d’ailleurs ! Mon cœur se serre d’émotions contradictoires à leur vue : je suis partagée entre la fierté, la tendresse et le plaisir (oui !!!) que ces changements m’inspirent, et l’appréhension, l’inquiétude et le sentiment d’impuissance face à ce corps que je ne reconnais pas toujours comme étant le mien.

Et pour composer avec ces émotions ambigües, il y a la fatigue bien sûr, toujours elle, qui semble même être devenue mon ennemie préférée depuis deux ans (« je ne peux pas, je suis fatiguée »).

À tes côtés, cependant, soudain toutes ces considérations s’envolent et je ne suis plus que dans la joie de vivre l’instant. Je me réjouis d’avoir mis par hasard une robe de la couleur des fleurs des jardins du château de Chenonceau et le joli chapeau offert par ton papa pour mon anniversaire. Je trépigne d’impatience à l’idée de faire avec toi les photos les plus kitch qui soient. Et tant pis pour les jambes que je n’ai pas eu le temps d’épiler avant de partir en vacances, j’assumerai à mort en les planquant sous ma jupe avec mes gros genoux. Et tant pis pour les éternelles cernes sous mes yeux, s’il faut, je les effacerai à Photoshop (c’est beaucoup plus facile que les rides que je ne devrais pas tarder non plus à avoir). Avec vous deux, je me souviens comme la vie est belle et je m’autorise à jouer une fois de plus à la princesse !

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Je t’aime.
Et, comme avec ton papa, t’aimer m’apprend à m’aimer aussi.
Et te sourire me rappelle de sourire à la vie.

 

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Cette fois, il s’agit plus d’une lettre pour moi-même que pour mon fils, même si imaginer la lui adresser m’aide à coucher les mots sur le papier. Libre à toi de compléter ce texte : chaque témoignage fait vivre Minuscule Infini et le porte vers un peu plus de sérénité, davantage de bienveillance.

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2 Comments on Me rêver princesse, dans mon corps de maman

  1. Magnifiques photos, une princesse et son petit prince tout droit sortis d’un conte de fée!

    Moi je n’ai jamais été une princesse, toute petite, j’étais très garçon manqué, et c’est la maternité qui m’a aidé à découvrir mon côté féminin. Et si, après mon premier enfant, mon corps s’est vite retrouvé, si j’avais encore l’air de la gamine que j’ai toujours le sentiment d’être au fond de moi, la fatigue des mauvaises nuits, le rythme ininterrompu de la vie de famille à présent nombreuse, la conciliation vie de famille/vie professionnelle, la compensation de la fatigue par le grignotage ont fini par marquer mon corps de ces petits stigmates qui témoignent du temps qui passe. Mon visage qui se plisse quand je souris sur les photos, mon ventre dont la peau n’a plus la même tonicité, les cernes qui sont à présent indissociables de mon reflet, tout cela me rappelle que non, je ne suis pas une petite fille qui joue à l’adulte. Petite piqure de rappel pour nous faire retomber sur terre, pour nous rappeler que non, nous ne sommes pas de super women, que non, il n’est pas toujours possible de réaliser toutes nos envies, bricolage, couture, lecture, voyage, cuisine… d’autant plus quand il y a des petits loulous à aimer et à accompagner sur le chemin de la vie. Mais l’essentiel est que, si nous leur donnons une grande partie de notre énergie, s’ils sont une des causes premières de notre fatigue, ce sont surtout eux qui nous permettent de partager leurs jeux, de les accompagner dans leurs rêves d’enfant, et de la sorte, de redevenir un peu nous-mêmes l’enfant que nous étions et sommes toujours au fond de nous.

    Surtout, continue à te rêver princesse!

    • Merci beaucoup Virginie pour ce partage. C’est toujours un plaisir de te lire et je te rejoins complètement sur l’énergie que nous transmettent nos enfants.

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