En novembre dernier, j’ai eu la chance de rencontrer Élodie, sage-femme et ancienne chef de service de l’unité M-star du CHU Saint-Pierre. Élodie est Française, elle vient de Marseille et cela fait maintenant 10 ans qu’elle travaille comme sage-femme en Belgique. Elle est aussi l’heureuse maman de deux enfants de 8 et 1 ans.

En 2008, l’hôpital Saint-Pierre a fait un pari : réunir auprès de leurs mamans au sein de la maternité (« M ») les nourrissons nés prématurément qui n’ont pas ou plus besoin de l’assistance des soins intensifs de la néonatalogie (les bébés « n* »). C’est ainsi qu’a été créée l’unité M-star qu’Élodie a dirigé jusque février dernier (l’équivalent de ce qu’on appelle les « unités kangourou » en France).

C’est pour me faire part de la spécificité de son travail de sage-femme qu’Élodie m’a proposé de me faire visiter son service : inutile de te dire que j’ai sauté sur cette occasion en or de 1) mieux comprendre le travail des sages-femmes, d’une part, et 2) de mettre en valeur une initiative qui vise à redonner confiance aux mamans dans leurs capacités à s’occuper de leurs bébés.

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L’unité « M-star »

Installée au cœur de la maternité, l’unité M-star possède sa propre équipe de sages-femmes (avec un noyau fixe, complété par d’autres sages-femmes du département), son matériel et ses locaux bien adaptés. Ici, les bébés « n-étoile », c’est-à-dire les bébés nés prématurément qui n’ont plus besoin des soins intensifs prodigués en néonat’, peuvent rejoindre leurs mamans dans leurs chambres, sous le regard attentif des sages-femmes spécialement formées du service.

Ces nouveau-nés doivent pour cela avoir atteint le stade de 34 SA, et ne pas nécessiter d’aide respiratoire ni d’alimentation en continu. En effet, le leitmotiv de l’unité M-star est de se détacher des machines pour faire confiance aux mères… mais aussi leur (ré)apprendre à avoir confiance en elles. Pas toujours facile pour ces jeunes mamans de se voir soudain confier la responsabilité à plein temps de ce tout petit être qui avait jusque là été pris en charge par les infirmières de la néonatalogie ! Ne plus bénéficier de l’assistance continue de machines pour mesurer et assurer la température de bébé, son alimentation, etc. peut se révéler très stressant. Avec l’aide des sages-femmes de l’unité « M-star », ces mamans apprivoisent les gestes qui leur permettront de prendre soin de leur enfant.

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De petites couveuses peuvent être installées dans les chambres si nécessaires. Toutefois, les sages-femmes de l’unité M-star recommandent vraiment aux mamans de pratiquer le peau-à-peau : en contact direct avec sa maman, le bébé percevra mieux quand et comment manger, il régulera mieux sa température, trouvera davantage de sérénité, etc. Pour encourager la pratique du peau à peau, le M-star s’est adressé à la firme française de porte-bébés physiologiques Je porte mon bébé : touché par leur projet, JPMBB a offert à l’équipe de Saint-Pierre une dizaine d’écharpes extensibles, qui permettent aux sages-femmes d’initier plus facilement les mamans au peau-à-peau. Et quand maman est trop fatiguée ? Il arrive que l’on croise dans le couloir de la maternité les sages-femmes de l’unité M-star avec un de leurs « bébés-étoiles » en portage, histoire de pouvoir continuer à travailler. Si tu possèdes une écharpe extensible dont tu n’as plus l’utilité, tu sais désormais à qui en faire cadeau !

Au bout du couloir de la maternité se trouve la salle où les mamans peuvent tirer et stocker leur lait. Élodie me dit combien le lait maternel est important pour les bébés prématurés, bien plus encore que pour les bébés nés à terme. Cela explique pourquoi les unités de néonatalogie font parfois appel à des dons, en période de pénurie.

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Élodie poursuit la visite et m’ouvre la porte des locaux réservés à son équipe. Outre le matériel médical, les armoires contiennent des trésors plus inattendus. Pour aider les bébés prématurés à se sentir contenus, les sage-femmes ont d’autres astuces que le portage, comme ces couvertures spéciales d’emmaillotage :

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Le placard suivant déborde de petites laines, tricotées par une équipe de mamies bénévoles à l’attention de bébés prématurés, et de quelques pieuvres oubliées par les parents lors de leur départ pour la maison. Chaque prématuré arrive en effet dans l’unité M-star avec la petite pieuvre qu’il a reçue en néonatalogie. Ces pieuvres crochetées sont réputées un peu partout dans les hôpitaux d’Europe pour avoir un effet calmant sur les bébés prématurés ou malades, qui tirent ainsi moins sur les sondes qui les entourent. Beaucoup d’hôpitaux sont en demande de ces petites pieuvres : si tu as des talents en crochet (ou en tricot) et que tu désires apporter une aide dans l’accueil des enfants prématurés, tu trouveras sur le site Petite Pieuvre Sensation Coton les modèles et les consignes (strictes, notamment quant à la matière à utiliser) pour réaliser ces doudous tellement appréciés du personnel médical et de leurs petits patients.

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Des sages-femmes pas comme les autres

Je ne sais pas toi, mais lors de ma première grossesse, je ne savais pas en quoi consistait exactement la formation et le travail d’une sage-femme. À la maternité, j’aurais été bien incapable de dire si j’avais affaire à des sages-femmes ou à des infirmières. Suivie par mon gynécologue durant toute ma grossesse, je n’avais jamais rencontré de sage-femme avant mon arrivée à la clinique et je ne m’étais jamais posé la question. Heureusement, depuis la naissance de mon fils, ma vision de la maternité – et de la naissance – a beaucoup évolué et j’ai appris un nombre considérable de choses. Notamment que ce sont des sages-femmes qui œuvrent au sein des maternités, que celles-ci ont une formation tout à fait spécifique, très différente de celle des infirmières, et que leur travail consiste en la préparation du couple tout au long de la grossesse et au suivi de celle-ci, de l’accouchement et du post-partum.

Le travail des sages-femmes, ainsi que me le rappelle Élodie, n’est donc pas directement centré sur le bébé, mais surtout sur la mère et plus largement sur le couple. Or, la particularité des sages-femmes de l’unité M-star, c’est qu’elles s’impliquent dans des soins de néonatalogie auprès des bébés prématurés, soins qui sont normalement assurés par les infirmières pédiatriques qui, elles, travaillent dans le service de néonat’. Réunir mamans et prématurés au sein de l’unité M-star et impliquer les parents un maximum dans les soins à apporter à leur enfant a donc nécessité de revoir l’organisation traditionnelle des services et les fonctions des personnes qui y travaillent…

L’unité M-star célèbre ainsi le succès d’un combat qui n’est pas évident à mener, tant auprès des institutions, que du personnel médical, des parents, etc. Mais, même si c’est à petits pas, l’approche du patient change, et celle de la jeune mère aussi ! Et quelle victoire pour l’unité M-star d’y contribuer de la sorte !

Happy end

Lors de sa deuxième grossesse, Élodie a passé les portes de la maternité pour s’installer dans un des lits dont quelques jours auparavant elle avait encore la charge : son fils, né prématurément, a eu la chance de pouvoir la rejoindre au sein de l’unité M-star après quelques jours en néonatalogie. Ce fut l’occasion pour cette jeune maman et sa petite famille d’expérimenter la spécificité des services mis en place au sein de sa propre équipe de travail et de bénéficier du soutien précieux de ses collègues, tout en jouissant du confort et de la flexibilité de la maternité.

Une expérience de vie certes bouleversante, mais qui a conforté Élodie dans l’importance du travail fourni par son équipe.

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Crédit photos : Élodie Nou

Merci à Élodie de m’avoir contactée pour me faire découvrir son service. Merci à toute l’équipe de sages-femmes du CHU Saint-Pierre pour leur accueil.

Qu’elles œuvrent au sein de services de maternité traditionnels ou spécifiques, qu’elles soient rattachées à un hôpital ou indépendantes, les sages-femmes sont les précieuses alliées des futurs parents depuis le projet de conception d’un enfant jusqu’à la période post-partum ; puisse leur travail continuer à gagner en visibilité et en valorisation !

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3 Comments on Ni néonat’ ni maternité traditionnelles : le « M-star » ou le travail de sage-femmes pas comme les autres

  1. Je suis vraiment heureuse et aussi un peu fière d’avoir pu influencer le service néonat à St. Pierre. Avant la naissance de mes jumeaux, Amanda et Lucas, au mois de juillet 2013, les pieuvres étaient inconnus. Je suis d’origine danoise, et au DK, cela fait bien des décennies que les prémas recoivent leur doudou à tentacules dans leurs couveuses. Ma mére m’en avait apporté deux, un pour chacun de mes bébés qui ont dû passer deux mois au Néonat, et ils ont tout de suite adopté leur nouveaux copains. D’ailleurs, aujourd’hui à l’âge de trois ans, ils les adorent toujours. Je suis ravie que l’idée de ce petit doudou rappelant le cordon ombilical à été retenue au service de Néonat. Super! ♥♥

  2. Merci pour ce très bel article sur un métier finalement peu connu et pas assez valorisé je trouve. Me concernant, j’ai été fabuleusement entourée par ces sages-femmes tout au long de ma grossesse, jusqu’à la naissance. Je me suis sentie en confiance, sereine et j’ai pu pleinement profiter de tous ces changements qui ont accompagné l’arrivée de ma souris. Bravo à cette équipe que tu décris et à ce beau et émouvant travail qu’elles réalisent.

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