[cet article fait suite à la réflexion initiée par Biboumam dans cet article, et est une réponse à sa « commande » ; qu’elle en soit remerciée]

Je manifeste pour le droit d’offrir du « matériel pédagogique » aux enfants. Aux alentours de Noël, je suis souvent mal à l’aise de lire au détour des blogs qui touchent de près ou de loin aux pédagogies actives des commentaires un peu incendiaires (voire des articles entiers) dès qu’une maman à l’audace de demander des conseils pour offrir du matériel d’inspiration montessori à ses mômes : « Malheureuse ! On n’offre pas de matériel pédagogique à Noël ! » « Et le droit des enfants à recevoir des Lego et des Playmobil, alors ? » Commentaires d’autant plus ironiques que ce sont les mêmes qui passeront pourtant le reste de l’année à faire l’éloge de ce « matériel pédagogique » et des prouesses d’intelligence et de dextérité que leurs enfants acquièrent pas son biais, générant par là même la demande de la pauvre maman bien intentionnée. Tu l’auras compris, je me range bien entendu dans la catégorie des mamans très présentes sur les réseaux sociaux et réponse à tout que je pointe d’un doigt accusateur ; que ce billet soit donc lu comme une auto-critique. Sauf que… j’offre du matériel pédagogique aux enfants pour les fêtes de saison et même pour leur anniversaire. Mère indigne, qui n’a rien compris aux principes élémentaires de la pédagogie montessori !

Évidemment, il y a dans notre société des manifestes bien plus importants à soutenir. Mais j’avais envie de te montrer quelques chouettes idées de « matériel pédagogique » arrivées chez nous récemment, tout eu donnant un peu de fond à la chose par quelques réflexions qui n’engagent que moi, mais dont la lecture déculpabilisera peut-être certain.e.s.

offrir-materiel-pedagogique-noel

  1. Solides géométriques en plastique (Tangram montessori ou Amazon*)
  2. Feutres rechargeables Ecoline : coup de cœur pour ces feutres découverts à la papeterie, d’excellente qualité et rechargeables (il existe même un feutre sans couleur, dans lequel il est possible d’injecter l’encre de son choix).
  3. Timer (Hop Toys ou Amazon*) : un des cadeaux préférés parmi ceux reçus par Django pour Noël, dont l’utilisation nous a déjà épargné quelques frustrations et nous permet, à Django et moi, de mieux organiser nos après-midis à la maison.
  4. Blocs logiques en bois (Coccinelle boutique ou Amazon*)
  5. Kit pour élever des papillons (Achat Natur ou Amazon*) : celui-ci n’a pas encore été offert, je le réserve pour le début du printemps.

 

  • « Un enfant a le droit de recevoir ce qu’il a demandé » : le « droit », le « droit », je suis la première à militer pour les droits de l’enfant, très sincèrement, mais le droit d’établir des listes de cadeaux de Noël longues comme le bras, de plonger à corps perdu dans la société de consommation, franchement je trouve le terme un peu fort. Ce n’est heureusement pas encore le cas, mais je sais déjà que lorsque s’exprimeront des désidératas pas très en phase avec mes valeurs éducatives, ça va discuter sec dans ma chaumière, parce que le rêve de posséder sa propre tablette aura beau faire briller intensément les yeux de mon fils, j’y réfléchirai à deux fois (et je ne parle même pas des jouets dont on devine qu’ils finiront très rapidement à la poubelle, de ceux fabriqués dans des conditions de travail déplorables à l’autre bout du monde, etc.). Et puis, sincèrement, imagine-t-on vraiment une maman refuser un Playmobil super convoité pour offrir des Barres rouges et bleues montessori ? Sans doute n’a-t-elle tout simplement pas besoin de conseils pour choisir le Playmobil en question, s’en remettant justement à son enfant en la matière.
  • « Un enfant n’a pas à se sentir redevable d’un cadeau qu’on lui offre et qu’il n’aurait pas souhaité » : je ne suis d’accord qu’avec la première partie de la phrase. Un enfant n’a pas à se sentir redevable d’un cadeau. Point. Peu importe qu’il ait ou non souhaité celui-ci. L’enthousiasme de l’enfant pour un cadeau est au seul profit de l’adulte qui offre. C’est pourquoi je suis d’ailleurs généralement sympa : je laisse Saint-Nicolas et les grands-parents apporter les cadeaux espérés de longues dates, et moi et mon homme nous offrons le fameux « matériel pédagogique ». Parce qu’une des raisons d’en offrir ou d’en demander, justement, c’est que nos enfants aujourd’hui croulent bien souvent sous les cadeaux au point de ne plus savoir où donner de la tête. Alors moi je trouve ça super si on peut profiter de toute cette débauche de dépenses pour viser l’utile et le durable.
  • « Offrir du matériel pédagogique, c’est comme offrir des légumes bio ou des vêtements : ce n’est pas parce que l’enfant en a BESOIN qu’il en a ENVIE » (si, si, je te promets que j’ai lu précisément cela) : aaaaah la fameuse équation « besoin » versus « envie » ; ne serait-il pas plus sein que nos envies soient générées par nos besoins ? Mais ce n’est pas exactement le sujet. Là encore, cela n’engage que moi, mais je trouve que cela fait justement partie de l’éducation que je veux donner à mes enfants d’être sensibles à ce type de cadeaux. Noël, précisément, c’est pour moi avant tout le cadeau d’un repas à partager tous ensemble, préparé bien souvent avec amour et en réfléchissant à ce qui fera plaisir à chacun. Il me semble dommage de passer à côté de cette dimension essentielle de la fête. Quant aux vêtements, et bien je dois dire que je suis heureuse que mon fils apprécie ceux qu’on lui offre, d’autant plus quand ils ont été fabriqués par ses grands-mères ou moi-même. C’est MON plus beau cadeau (cf. la remarque précédente) de le voir exhiber fièrement à la rentrée son nouveau gilet à l’école en déclarant que c’est sa Yaya qui le lui a fait (ce qui prouve bien que dans ce cas peu importe le gilet, c’est l’attention et le temps que sa confection a requis qui sont le cadeau et cela mon petit bonhomme de trois ans l’a bien compris ; pourvu que ça dure). Comme quoi, le matériel pédagogique peut faire plaisir ; les vêtements et les légumes bio aussi (faut-il rappeler que les enfants recevaient autrefois des clémentines à l’occasion d’une fête, qu’en Belgique on offre toujours traditionnellement pour la Saint-Nicolas par exemple ?).
  • « Le matériel pédagogique ne souffre pas l’attente, il doit être disponible tout de suite pour répondre à l’intérêt de l’enfant lorsque celui-ci se manifeste » : c’est l’argument que je trouve le plus valable, sauf que, dans la pratique, faute de temps pour le fabriquer / le trouver ou d’argent pour l’acquérir, je n’ai souvent pas l’occasion de mettre à disposition le matériel immédiatement. Du coup, nous le faire offrir est encore le plus sûr moyen d’en disposer quand le moment sera venu. Bien entendu, il ne s’agit pas d’être totalement déconnecté des centres d’intérêt de l’enfant, mais je crois que si les mamans qui s’interrogent de la sorte ont compris l’essence des pédagogies actives, cela ne peut vraiment être le cas.
  • « Offrir un cadeau que l’enfant n’est pas prêt à utiliser peut lui faire perdre toute confiance en lui » : l’enfant n’est pas obligé de manifester immédiatement le désir d’utiliser ce qui lui a été offert, et même si c’est le cas et que le matériel ou le jeu se révèle trop difficile, il faut y voir une excellente occasion de rappeler en quoi consiste un apprentissage. L’été dernier, j’ai proposé à mon fils de demander un vélo à pédales comme cadeau commun pour ses trois ans, car il louchait sur ceux des autres enfants au parc. Il m’a répondu qu’il ne se sentait pas prêt. Prenant évidemment sa réponse très au sérieux, je lui ai dit que lorsqu’il se sentirait prêt, nous lui achèterions un vélo sans attendre une fête (précisément parce que c’est un « matériel » qu’il me semble nécessaire d’avoir à disposition dès que l’enfant en manifeste l’intérêt, cf. la remarque précédente). Fin novembre, il n’a pas manqué de me rappeler ma promesse car il se sentait désormais prêt. C’est avec un enthousiasme débordant qu’il m’a observé faire des recherches en ligne et téléphoner à quelques boutiques proches de chez nous, et qu’il s’est rendu au magasin pour essayer et faire régler son futur vélo. Il brillait de fierté, détaillant à sa sœur le moindre accessoire de son bolide. Quelle ne fut pas sa déception toutefois en se rendant compte que, alors qu’il maîtrise parfaitement la draisienne, il ne parvenait pas à pédaler ! Oh la belle crise de larmes que nous dûmes accueillir alors ! Mais quelle belle occasion de lui rappeler que les apprentissages s’acquièrent à force de persévérance et de patience, qu’il est très rare de parvenir à faire quelque chose de nouveau tout de suite, et qu’il lui suffit d’observer sa sœur apprendre à se déplacer (ou moi-même devant ma machine à coudre) pour se rendre compte qu’il n’est pas le seul à devoir s’y reprendre à plus d’une fois pour parvenir à faire une chose nouvelle.
  • « Jouer et travailler, ce n’est pas la même chose ; si vous en doutez, faites-vous offrir un dictionnaire » : depuis son apparition au début du siècle précédent, la psychanalyse n’a eu de cesse de démontrer combien le jeu était le travail sérieux de l’enfant ; les pédagogies actives se sont fondées sur le principe même que l’enfant apprend en jouant ; et, s’il y a bien un point sur lequel les neurosciences sont en accord avec les deux disciplines précédentes, c’est précisément sur l’importance du jeu dans l’évolution de l’enfant. Bien entendu, je peux concevoir que dans une pratique d’IEF, notamment, il y ait des temps dévolus plus spécifiquement au « travail » et d’autres au jeu libre (quoique personnellement, j’ai un net penchant pour l’unscholling, mais c’est un autre débat). Cela n’empêche pas que, d’une part, le jeu est une activité qu’il faut impérativement se garder de déprécier (ce dont je crois que toutes ces mamans passionnées de pédagogie active sont convaincues) et à laquelle l’enfant devrait selon moi passer la majorité de son temps avant l’âge de six ans (au moins), et que, d’autre part, la différence entre « jeu » et « matériel pédagogique » n’est pas toujours facile à établir. L’exemple du vélo annonce déjà certains cas ambigus, et je crois que tu en auras repéré d’autres dans ma liste ci-dessus. Refuserait-on par exemple un (vrai) microscope à un enfant de quatre ans sous prétexte que ce n’est pas un jouet ? À l’inverse, j’ai personnellement jugé qu’il était important d’offrir à mon fils une poupée pour Noël, non pas qu’il ait demandé ce qu’on qualifiera d’emblée comme un « jouet », mais parce qu’il me semblait justement pédagogiquement important qu’il en ait une à disposition (c’est-à-dire que même lorsque j’offre et confectionne un jouet, je fais un choix pédagogique : horrible mère). Et pour finir sur un clin d’œil, le dictionnaire est un cadeau qui – en bonne Docteur en lettres que je suis – me ravit tout à fait. Savais-tu d’ailleurs qu’il existe des tas de manière de « jouer » avec un dictionnaire ? 😉

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* Je me résous à désormais mettre des liens vers Amazon, pour éviter les courriels qui me parviennent régulièrement dans ce sens ; je continuerai toutefois quand c’est possible à mettre aussi un lien vers une petite boutique : si vous en avez l’opportunité, n’hésitez pas à choisir cette dernière.

 

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12 Comments on Pour le droit d’offrir du « matériel pédagogique » aux enfants

  1. Encore un article lu avec énormément de plaisir. J avoue que je ne sais plus bien comment je suis arrivée ici, mais tes articles sont ma lecture récréative du soir. Ils m’inspirent et m’aident à avancer dans ma réflexion sur la maternité. Je suis étonnée par contre de cet article. Enfin de son contenu. Étonnée de voir qu’apparemment on doit affirmer son choix d offrir telle ou telle sorte de cadeaux pour telle ou telle occasion. Personnellement, étant belge, j’ai fait le choix de n’avoir de cadeaux qu’a noël pour notre fille. Le grand saint apportera les clémentines traditionnelles et chocolat spéculoos nic nac. Et nous ne nous gênerons pas pour du matériel pédagogique pour Noël. Le choix de ses propres cadeaux ce sera pour son anniversaire et nous estimons que c’est bien assez comme ça. Je suis parfois triste de voir a quel point Noël ne rime avec magie que s’il est synonyme d’orgies de cadeaux. Il y a tellement plus de valeurs à apporter pour créer la magie de Noël et tellement d’occasions de gâter nos petites têtes blondes. En plus, je pense que du matériel pédagogique ludique peut, sur le long terme, émerveiller et éveiller nos enfants beaucoup plus qu’un jouet classique. Nous avons, je pense, tous été déformés par des écoles classiques où pédagogie était mise en opposition avec le ludique, et peut être est-ce pour ca que certains n’imaginent pas que cela puisse être sympa comme cadeaux. Mais on peut, et les exemples que tu nous as montré dans l’article le prouvent, offrir des jeux qui auront une utilité au point de vue des apprentissages de nos enfants. Encore une fois, chacun gère comme il veut dans sa chaumière mais justement, arrêtons alors de porter des jugements sur la chaumière du voisin. Il n’ a pas de mal a vouloir offrir à ses enfants du matériel pédagogique ou des jouets classiques que l’enfant aura listé au préalable. Je m’etonnes encore du jugement que l’homme (enfin ici la femme mais bref…l’homme avec un grand H quoi) ne peut s’empêcher de porter lorsqu’il est face à une situation qui n’entre pas dans ses cases personnelles. Et j’avoue que c’est pour ça que j ai un faible pour ton blog car tu arrives à être tout en nuance et dans la bienveillance!

  2. Je suis ravie de découvrir ton blog qui me plaît beaucoup ! (Et j’habite à Bruxelles 😉 )

    Merci pour cette article, parce que justement, j’ai vu passer ce genre de remarques sur des groupes aux alentours de Noël dernier, et j’ai tiqué moi aussi. Mon fils a eu un cadre d’habillage pour Noël, et pour son anniversaire qui arrive en mars, nous avons prévu des « jeux » assez pédagogiques (dont des puzzles botaniques et un puzzle de géographique, « aie » ! ^^ ).
    Je suis tellement d’accord pour remettre en question cette distinction jeux/travail que beaucoup s’obstinent à faire : quand un enfant joue, il travaille (pour peu que le jeux le laisse être acteur, mais c’est un autre débat…). Et effectivement, la frontière entre jeux et matériel pédagogique est tellement mince ! Les puzzles par exemple, sont souvent considérés comme des jeux, pourtant ils font réfléchir et relèvent d’un caractère pédagogique…

    En tous cas, c’est les jeux les plus  » éducatifs  » que mon fils utilise le plus, il prend beaucoup de plaisir à s’en servir, je ne me vois pas l’en priver parce que « ça ne se fait pas de les offrir en cadeau »…

    Bref, merci pour cet article !

  3. Une fois encore, merci pour cette réflexion tellement interpellante et intéressante!

    Je ne m’étais jamais posé la question, mais je remarque qu’effectivement, j’offre des jouets aux anniversaires etc., tandis que j’acquiers du matériel pédagogique quand je trouve quelque chose qui me paraît chouette ou bien quand j’ai identifié un besoin chez mes loulous.

    Et pourtant… et pourtant, tu as raison, la différence entre jouet et matériel pédagogique est tellement artificielle! Pourquoi un enfant apprendrait moins avec des legos qu’avec des lettres en bois, et inversement, pourquoi s’amuserait-il moins avec ces dernières? D’ailleurs, ce n’est même pas clair dans ma tête : on a déjà offerts plusieurs fois des « kits scientifiques » au grand pour les occasions spéciales, or, c’est bel et bien « pédagogique ». Même ambiguité au niveau des livres : Offrir une encyclopédie ou un « beau livre » ne me semble pas très « fun » comme cadeau, et pourtant… mon grand dévore les romans qu’il reçoit en même pas une journée, tandis que l’encyclopédie illustrée que j’ai ramené un jour sur un coup de tête est feuilletée très régulièrement et avec un plaisir évident même plusieurs semaines après l’achat!

    Il y a également le problème des « listes » que tu mentionnes. Chez nous, le souci, c’est que leurs listes ne contiennent la plupart du temps que des envies éphémères, des trucs vus dans les catalogues qui leur font très envie sur le moment, mais ne seront finalement que peu utilisés. J’essaie de limiter les dégâts en sélectionnant drastiquement les catalogues qui arrivent à la maison, mais malgré tout, Saint-Nicolas doit ruser pour trouver un juste équilibre entre ce qu’ils ont demandé et ce qui me parait raisonnable/utile/intéressant. Tiens, pas plus tard qu’il y a dix minutes, ma fille m’a dit qu’elle voudrait que Saint-Nicolas lui apporte une lampe « sorcières » (traduire : princesses Disney) la prochaine fois, juste parce qu’elle a flashé (crisé) dessus ce matin au Brico (et c’est donc fichu pour moi qui voulais lui offrir une jolie lampe champignon pour ses 3 ans le mois prochain).

    En fait, le noeud du problème, c’est cette notion de « cadeau » : pourquoi offrir quelque chose à un moment précis plutôt qu’au moment où ça correspond aux besoins de l’enfant? Ca entretient également l’idée que les « jouets », c’est pour faire plaisir, avec une nuance de frivolité ou d’inutilité, et non pas parce que cela participe au développement et à l’épanouissement de l’enfant (ou de l’adulte! Mais c’est un autre débat).

  4. Un très grand merci pour cet article tres complet en réponse à ma « commande »

    « Un enfant a le droit de recevoir ce qu’il a demandé »
    Je suis tout à fait d’accord avec ton analyse! Ce n’est pas une question de « droit », en tous cas pas en ces termes : un enfant a le droit d’exprimer un désir et nous avons le devoir de l’entendre mais pas d’y accéder systématiquement ! Peut-être changerai-je d’avis en voyant Bibounette grandir mais cette question de la liste me semble tout de même à traiter différemment selon l’âge de l’enfant : pour un grand enfant, je me dis qu’il est toujours possible de discuter, d’en profiter pour parler de la valeur du travail et de l’argent, de l’intérêt de faire mûrir le désir pour vérifier s’il s’agit d’un véritable désir etc… évidemment avec Bibounette ce sont des concepts difficilement accessibles mais pour le coup, à son âge, il n’y a pas encore de liste sur le mode « je veux tout comme les copains ». Et quand on feuillette ensemble un catalogue, elle me montre d’abord ce qu’elle prefere (en général elle connaît une version similaire à la maison ou à l’école, ou bien c’est bleu et elle aime forcément! ) avant de me dire qu’après tout elle aime bien toute la page imaginons un instant qu’elle fasse valoir son droit absolu à recevoir tout le catalogue…

    « Un enfant n’a pas à se sentir redevable d’un cadeau qu’on lui offre et qu’il n’aurait pas souhaité »
    Là aussi en phase avec toi, c’est toute la problématique du don et du contre don. Et pour un enfant encore plus que pour un adulte, il est de notre devoir de ne pas attendre de reconnaissance après avoir offert, que le cadeau soit une commande ou pas! Et indépendamment de la problématique du matériel pédagogique, cela voudrait dire qu’on n’offre jamais de surprise par crainte de tomber à coté?

    Offrir du matériel pédagogique, c’est comme offrir des légumes bio ou des vêtements : ce n’est pas parce que l’enfant en a BESOIN qu’il en a ENVIE Alors sur ce coup là, tu as de la chance que Django aime recevoir des vêtements! Ce n’est pas trop le cas de Bibounette (car en général si je lui présente un vêtement comme cadeau, c’est une pièce qui sort de l’ordinaire et immanquablement elle me rétorque qu’elle préfère ses Cosilana qu’elle porte au quotidien… damned… Mais ceci dit, je te rejoins sur le fond et à la réflexion, je me dis que cette polémique est un débat de nantis… car les « cadeaux » que ce soit des cadeaux que nous lui offrons ou qu’on demande aux proches de lui offrir sont bien à intégrer dans un budget donné… et vu le prix de certains matériels pédagogiques, je préfère qu’ils fassent partie du budget anniversaire ou Noël, car si tout le budget cadeaux part en plastique rose sonore, je serais triste de ne pas pouvoir lui offrir de beau matériel… d’ailleurs dans la campagne de mes ancêtres, à Noel, c’était l’occasion de renouveler la garde robe et le présent supplémentaire c’était une orange…

    Le matériel pédagogique ne souffre pas l’attente, il doit être disponible tout de suite pour répondre à l’intérêt de l’enfant lorsque celui-ci se manifeste, pas trop tard et pas trop tôt car offrir un cadeau que l’enfant n’est pas prêt à utiliser peut lui faire perdre toute confiance en lui Oui, mais là aussi c’est une question de budget, d’où l’intérêt de profiter des fêtes pour prévoir le matériel qui sera utile prochainement et il suffit de le sortir le moment venu (je crois qu’emma.saru met comme moi de côté le matériel pour le moment propice…) et d’accompagner les apprentissages comme dans ton exemple du vélo (que je ne considère pas comme uniquement pédagogique, c’est avant tout du plaisir!)

    Jouer et travailler, ce n’est pas la même chose ; si vous en doutez, faites-vous offrir un dictionnaire Ton exemple me fait sourire car petite pour un anniversaire, j’avais demandé… un dictionnaire! Bref, je suis d’accord avec toi, la frontière entre jeu et travail est mince à l’âge de nos bambins (cf le vélo ou les feutres), surtout quand on essaie de proposer des jeux qui stimulent la créativité. Et encore faut il s’accorder sur ce qu’on met derrière la sémantique. L’essentiel est que les enfants prennent du plaisir (élever des paillons, c’est ludique, non?) et dans ce cadre, nul doute qu’ils sauront acquérir des connaissance… Ma propre réflexion me menait surtout à m’interroger sur l’équilibre entre jeu libre et activités (très) encadrées, le tout restant dans un contexte ludique… et sur cet équilibre je change d’avis tous les jours!

    • Merci pour ta longue réponse, toujours intéressante à lire !

      J’avais bien compris que l’équilibre était à chercher entre jeu libre et propositions d’activités dans ta réflexion. Tu dis changer d’avis tous les jours, mais… est-ce toi qui modifies cet équilibre ou ta fille ? Je suis d’avis que tant que tu as des idées, de l’énergie et de l’envie, tu peux bien faire toutes les propositions d’activités plus « formelles » que tu voudras : quand ta fille ne voudra pas s’en emparer, tu le sauras. 😉 Surtout que, le jeu libre, il m’a semblé ici qu’il a été vécu comme une explosion, peu avant trois ans. Et désormais, il s’empare de tout le matériel à portée de main, que celui-ci soit « pédagogique » ou « ludique » ou, bien plus souvent comme tu le rappelles, indéfinissable.

      PS : j’ai une super longue réponse à t’écrire à propos de la différence imaginaire / réel, notamment via « l’opposition » Steiner / Montessori mais… je n’ai pas encore le courage d’en accoucher.

      • Comment as-tu deviné Bibouman que mes armoires sont remplies de matériel en attente du moment propice… 🙂
        je serais bien intéressée aussi par cette différence imaginaire.réel et cette opposition Steiner/Montessori car plus je m’immerge dans l’univers Steiner plus je suis convaincue de l’importance cruciale de cultiver cet imaginaire. Je ne dis pas que le réel et le quotidien n’ont pas de place mais je m’aperçois avec ma crevette que l’imaginaire est débordant et ne demande qu’à s’exprimer au travers de jeux libres, d’activités menées ensemble… Je ne connais pas assez Maria Montessori mais il me semble que cela a assez peu de place dans ses principes éducatifs. Inversement, c’est peut-être un peu trop omniprésent chez Rudolf Steiner, néanmoins, je m’y reconnais plus, moi qui enfant soulevais des pierres en imaginant y trouver caché une porte menant au monde des gnomes ou des elfes…
        Enfin, quant au dictionnaire, j’ai toujours adoré ces ‘objets’ fabuleux et je m’en suis offert un encore dernièrement (avec la fausse bonne excuse que c’était pour mon travail…)

        • P.S. je vois avec horreur quelques fautes égarées.. ce doit être l’heure tardive et les deux dernières nuits très écourtées par ma souris en proie à des cauchemars…

          • Je corrige volontiers quand mes lectrices me le demandent puisque moi je peux éditer les commentaires (c’est dommage que cette option ne soit pas proposée aux commentateurs, d’ailleurs). Je fais moi-même tellement de fautes sur ce blog que je suis sensible au désir de se corriger. Toutefois, je n’ai trouvé qu’une terminaison de verbe à corriger. Dis-moi ce que tu voudrais encore changer et ensuite j’effacerai ces deux commentaires.

    • En fait, je change d’avis dans le sens où je me détends et je lache prise car je m’aperçois que j’avais tendance à me sentir coupable de la laisser en « jeu libre » et de ne pas lui proposer plus de pédagogie, or comme tu le soulignes, même dans le jeu libre (petit train, voitures, etc), il y a de nombreuses possibilités pédagogiques spontanées ou à guider par l’adulte. Et au fur et à mesure que Bibounette grandit, comme tu le soulignes, ses initiatives de jeu se multiplient et son expression aussi de sorte qu’il m’est de plus en plus facile de dégainer une variante du jeu libre, directement inspiré de celui-ci, ça m’est plus spontané et moins culpabilisant. En bref, c’est bien Bibounette qui par son expression me permet d’imprimer aussi mon style (qui n’est ni copier artificiellement des activites trouvées sur internet et qui ne me parlent pas tant que ça, ni ne rien faire ce qui me culpabilise)
      Encore merci de m’aider à préciser ma réflexion!

  5. C’est vrai, on dit ça??
    Rho, mais les gens sont graves, et à radicaliser toute démarche, à la complexifier, ils sont décourageants!
    Évidemment, chez nous aussi on offre du matériel éducatif. Et évidemment, c’est celui-ci que l’enfant réclame plusieurs mois plus tard, et pas la saleté à pile ou paillettes, qui prend la poussière dans un coin oublié…
    Enfin, pour ouvrir un peu la question, je m’interroge : en quoi faudrait-il opposer des briques de construction à du matériel éducatif?
    M’est avis qu’un enfant apprend autant lorsqu’il classifie, nomme, manipule que lorsqu’il explore les 3 dimensions de l’espace en assemblant des briques.

    • Ah ben non, il ne faut pas, tu as raison, c’est ça justement l’essence du débat (mais peut-être ne l’ai-je pas bien fait sentir). J’ai essayé d’établir une différence entre travail et jeu libre, du coup, mais même là ça ne fonctionne pas. Quand Django joue inlassablement avec ses voitures, son activité n’est pas à ranger dans la catégorie « activité gratuite de délassement ». Non, il compte, il nomme, il compare, il trie, il superpose, il répare, il scénarise, il exploite du nouveau vocabulaire, etc. A l’adulte d’être attentif pour savoir « où il en est » de ses apprentissages, et éventuellement proposer quelques activités en fonction.

      Après, pour être totalement honnête, ce sont des réponses qui sont surtout données par des mamans qui pratiquent l’IEF de façon assez organisée (avec des progressions, etc.), ce qui ne serait jamais mon cas si un jour moi et les enfants décidions de nous lancer. Donc je comprends que dans leur cadre, il ne soit pas judicieux d’offrir tout le matos de l’année pour les fêtes. Mais il n’en demeure pas moins que je reste très frileuse par rapport à une telle distinction jeu / travail. Si je rêve parfois d’IEF, justement, c’est pour éviter à tout prix le schéma : « Travaille bien et ensuite tu pourras aller jouer ».

  6. Merci beaucoup Alys pour cet article car je fais aussi partie de celles (mais tu le sais déjà je crois…) qui offrent du matériel pédagogique qui est aussi très ludique (tiens, les kaplas… jeu ou outil pédagogique ? On passe des heures à construire avec !). Et jeu ne rime pas obligatoirement avec truc en plastique qui couine ou qui a été fabriqué à l’autre bout du monde dans des conditions comme tu le soulignes souvent déplorables. A Noël, ma fille a eu des kaplas justement, un wobbelboard (pédagogique ou ludique, un peu des deux aussi, non ?), des petites casseroles pour sa cuisine, des livres (beaucoup), un jeu de société, une lampe de poche, une boîte à insectes, des crayons de cire, une peluche et une boîte de duplos. A 2 ans et demi, elle a trouvé de la joie et de l’intérêt à tout. Son sourire en découvrant les crayons… Curieusement, les moins ‘utilisés’ ce sont probablement les duplos et le plus grand succès, le jeu de société. je pense que tout dépend aussi du regard que l’on porte nous-même sur ces ‘jeux’/matériel. Si ce matériel est une porte d’entrée vers le jeu (pouvant amener un apprentissage), l’enfant le prendre aussi comme un jeu avec un vrai plaisir, me semble-t-il. En tout cas, c’est ce que j’observe chez nous et autour de nous. Sur la liste des prochains cadeaux se trouvent un couteau spécial enfant pour aider en cuisine, des formes géométrique transparentes pour s’amuser sur la table lumineuse de papa, un autre jeu de société, un déguisement fait maison, et sablier… Je dois décidément être une très mauvaise mère au regard de certains…

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