Catégorie : Apprentie maman

Matériaux de récup’ pour paniers aux trésors

Paradoxe de mon quotidien : d’un côté, je passe un temps considérable à trier, donner, jeter, ranger pour libérer de l’espace, de l’autre, j’accumule les bouchons de lait et de vin, les pommes de pin, les papiers colorés, les boîtes, les matériaux d’emballage, les pièces de petites voitures cassées que mon fils refuse de jeter… Reggio et minimalisme ne sont décidément compatibles qu’à condition de faire de la nature le terrain de jeu exclusif (ce qui serait, de mon point de vue, tout à fait super). Bon, pour être un minimum cohérente, j’essaye de limiter tout nouvel achat de matériel et de faire avec ce dont recèlent nos armoires. Et, bonne nouvelle, les enfants ne demandent souvent pas mieux !

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Quand je vide les armoires dans l’espoir d’y voir plus clair et de faire varier les paniers et plateaux à disposition des enfants

June est à cet âge délicieux où le moindre objet est digne d’un intérêt soutenu… à condition de varier les propositions !

Ma maman a bien résumé la chose, l’autre jour, en s’exclamant : « June, elle ne veut jamais jouer avec SES jouets ! Elle ne s’intéresse qu’au contenu des tiroirs de cuisine et aux petites voitures de son frère ! ». Ils me font doucement rire, les jouets en question pensés pour les moins de un an : malgré leurs jolies couleurs et leurs bruits interpellants, ils ne pourront jamais rivaliser avec cette fabuleuse louche en inox dont un adulte semble avoir une si grande utilité ou les véhicules extraordinaires pour lesquels le grand frère a tant d’intérêt. J’ai bien gardé un ou deux hochets de bois que JE trouve vraiment beaux, mais passés quatre ou cinq mois, June les a snobés après dix minutes au même titre que les peluches qui font « pouet » ou les livres à froisser. À la rigueur, ceux qui peuvent se mâchouiller ou se regarder sans fin ont le droit de rester (quelques animaux en bois ; les premiers imagiers), les autres sont priés de faire place…

Mais place à quoi ?

Aux paniers aux trésors, pardi, emplis de tous les objets que tu glaneras dans la maison. Je relis cet article écrit à l’époque où Django avait le même âge que June aujourd’hui, et je me rends compte que mes enfants ont beau être de caractères fort différents, il y a des objets qui possèdent vraisemblablement un pouvoir d’attraction incontestable sur les bébés de huit-dix mois. Une cuiller, par exemple, ou une bouteille d’eau ! Très naturellement, on reprend donc les mêmes et on recommence. L’activité ne coûte rien, est rapide à monter et occupe bien, à condition de la renouveler au bout de quelques jours.

Sur ces photos, j’ai composé trois paniers sensoriels : un panier d’objets en bois/bambou/osier, un panier d’objets en métal, un panier d’objets en tissu. Sans surprise, June affectionne tout particulièrement celui qui fait le plus de bruit. Emma m’a écrit sur Instagram : « Quand les objets parlent, c’est tellement plus rigolo ! » ; je me suis dit que la formule était belle.

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La balle de préhension vient de chez Fool de Wool, nos paniers sont presque tous issus de chez Oxfam et le reste sort des tiroirs de la cuisine et de la salle-de-bain ou de mon armoire à couture. Le meilleur, dans l’histoire, étant que mon fils de trois ans ne peut s’empêcher de faire lui aussi l’inspection des paniers… et d’improviser un concert sur casserole que sa petite sœur se fait une joie d’imiter.

Et si tu cherches June une fois qu’elle a vidé intégralement le contenu de ses paniers et s’en est détournée, ne t’inquiète pas : ces petits pieds qui seuls dépassent de l’armoire à « loose parts » malgré tout le soin que tu auras pris à en bloquer les poignées sont assurément les siens ; le reste de son corps doit être en train de s’interroger sur la possibilité de gober une châtaigne ou de tester la qualité du grain du papier à dessin.

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Au lit !

Après les succès de Mon amour, Un amour de petite sœur et Ce que Papa m’a dit, Astrid Desbordes et Pauline Martin reviennent avec une nouvelle histoire de leur jeune héros, Archibald.

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Que les lecteurs qui sont tombés amoureux de l’un des opus précédents soient prévenus : Au lit ! , en raison de son sujet, est un album moins poétique que les précédents. Mais, à la maison, c’est celui que l’on préfère ! Avec toujours autant d’humour et de bienveillance, ses auteures s’attaquent cette fois à un sujet sur lequel la plupart des parents s’arrachent les cheveux : le sommeil. C’est avec malice qu’elles adressent un clin d’œil aux pauvres parents fatigués que nous sommes, suggérant que, dans la bataille pour la mise au lit, ce ne sont sans doute pas ceux que l’on croit qui ont le plus besoin de se reposer.

Les petits assurément ne s’y trompent pas (« Mais, mais », s’exclame en riant mon fils, « sa maman s’est endormie dans son lit et Archibald ressort son train ! Mais il n’a pas le droit ! ») tandis que les plus grands ne manqueront sans doute pas de reconnaître quelques-unes de leurs tentatives parmi les plus désespérées. Personnellement, je m’identifie beaucoup au papa qui, après s’être plongé au beau milieu de la nuit dans un ouvrage sur le sommeil des enfants, essaie subrepticement de mettre en application les précieux conseils glanés au cours de sa lecture…

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Voilà un album qui a le mérite de dédramatiser par son humour tendre le moment de la mise au lit, tout en rappelant aux parents qu’en ce qui concerne l’heure à laquelle passe le marchand de sable comme pour beaucoup d’autres domaines de la vie, il est bon de faire avant toute chose une place au ressenti de nos enfants, histoire de préserver notre propre énergie.

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Astrid Desbordes, Pauline Martin, Au lit !, Albin Michel Jeunesse

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Pour que s’habiller seul devienne un jeu d’enfant

Je ne sais pas si tu as déjà eu l’occasion de faire ce constat chez toi, mais de mon côté, je ne cesse de m’émerveiller devant les trésors de patience et de persévérance que sont capables de déployer les enfants de mon entourage pour acquérir une compétence nouvelle au moment où celle-ci correspond à leur intérêt et à leurs capacités motrices. Les premières fois qu’ils marchent, qu’ils se servent de l’eau à l’aide d’une carafe, qu’ils cirent leurs chaussures… : l’activité ne leur semble pas rébarbative ; au contraire, elle les mobilise complètement, voire génère un véritable enthousiasme. D’où l’intérêt de confier certaines tâches aux enfants dès leur plus jeune âge : proposées à une période où elles constituent un défi que l’enfant peut relever (c’est-à-dire qui n’est ni trop facile, ni trop difficile), ranger ses affaires, mettre la table, plier les serviettes… sont autant d’activités qui ne seront pas perçues comme des corvées, mais qui se révèleront valorisantes pour l’enfant. À l’inverse, lorsque j’accomplis à la place de mes enfants des tâches qu’ils sont pourtant en mesure de réaliser seuls (comme il m’arrive encore souvent de le faire et ce pour toute sorte de mauvaises raisons : vouloir leur rendre service, aller plus vite, être plus efficace…), je cours un double risque : d’une part, une fois l’activité devenue trop aisée pour la dextérité de l’enfant, il sera difficile de l’y intéresser ; d’autre part, le fait de faire systématiquement à sa place suggère à l’enfant que je ne le juge pas capable, ce qui altère son estime de soi et son désir d’autonomie.

C’est quelque chose que j’observe à propos d’innombrables apprentissages, parmi lesquels celui de s’habiller seul. C’est généralement aux alentours de deux ans que l’enfant, fort de sa récente capacité à faire des choix (mais encore souvent incapable d’arrêter rapidement ceux-ci, ce qui explique qu’il change énormément d’avis), commence à exprimer ses préférences en matière vestimentaire. Pour l’encourager et lui permettre de prendre des initiatives, voici quelques idées parmi lesquelles piocher de l’inspiration :

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Lire Montessori, ou la promesse d’un séisme

Les ouvrages de vulgarisation autour de la pédagogie montessori se multiplient et je dois bien avouer que je ne leur trouve pas grand intérêt*. Les écrits de Maria Montessori étant tout à fait accessibles (matériellement et intellectuellement), je ne vois pas ce qui justifie de leur préférer une brève synthèse de ses grands principes pédagogiques accompagnée de quelques belles photos de plateaux montessoriens, comme on en trouve par ailleurs beaucoup sur la Toile (gratuitement et résultant parfois d’une réflexion pédagogique plus profonde). Loin de m’offusquer de cette profusion de nouveaux livres, je me réjouis au contraire que les pédagogies actives aient à ce point le vent en poupe et que Montessori leur serve de figure de proue. J’ai moi-même approché cette pédagogie pour la première fois par un ouvrage de vulgarisation prêté par une copine. Cependant, je ne peux m’empêcher de regretter que ces ouvrages de vulgarisation n’aient pas le caractère transgressif des écrits de Maria Montessori (voire que, dans le pire des cas, ils puissent avoir un effet culpabilisant ou pousser à des achats frénétiques de matériel pédagogique).

De la lecture de Montessori, on ne ressort que profondément ébranlé, car c’est la conception globale de l’enfant, de la singularité de ses intelligences et de ses potentialités, ainsi que l’ensemble des croyances qui fondent les pratiques éducatives et didactiques traditionnelles (et ce plus de 100 ans plus tard et malgré le succès incontestable de cette pédagogie), qui s’en trouvent durablement remises en question.

Il ne suffit pas de bannir parc et trotteur pour pratiquer la motricité libre (dont Montessori, quand bien même n’utilisait-elle pas l’expression, fut assurément l’une des chantres), comme il ne suffit pas d’installer un quelconque matériel sur un plateau pour créer un environnement montessorien stimulant.

Ce qui change, en lisant Montessori, ce n’est pas tant la qualité et la quantité des activités que nous proposons à nos enfants (à coup de progressions minutieusement pensées et de matériel permettant le contrôle de l’erreur, en fonction de périodes sensibles qu’il ne faut pas rater, blablabla) que le regard que nous posons sur eux et, partant, la manière

  • dont nous nous mettons à leur écoute,

  • dont nous nous adressons à eux,

  • dont nous devenons à même de comprendre ce qui les intéresse et pourquoi,

  • dont nous transformons l’environnement, la temporalité et notre propre disponibilité (!) afin qu’ils correspondent au mieux à leurs besoins.

Et chaque fois que je (re)lis Maria Montessori, j’ai la promesse d’être à nouveau secouée : non pas qu’il y ait vraiment quelque chose que je n’ai pas compris à la première lecture (c’est toujours possible, mais ses propos sont vraiment explicites et accessibles), mais parce que je sais par avance que la vie (ou plutôt, les valeurs rendues légitimes par notre société : rapidité, performance, conformisme…) m’aura d’une manière ou d’une autre rattrapée, et que les mots limpides et exigeants de Maria Montessori sauront me rappeler le chemin que j’ai choisi d’emprunter.

Sois donc rassuré si tu ne possèdes pas de cabinet de géométrie ou de barres rouges et bleues, et (ré)ouvre Montessori : ce à quoi elle t’invite, c’est à devenir l’observateur attentif des extraordinaires facultés de ton enfant, et l’explorateur de quelques voies qui lui permettront de s’épanouir à son rythme, selon ses besoins et ses centres d’intérêt.

Bien qu’elle puisse être ardue, n’est-ce pas là la plus riche manière d’être parent ou éducateur aujourd’hui ?

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Mes coups de cœur chez Manine Montessori

Manine Montessori est une toute jeune boutique belge de matériel et de mobilier destinés à l’aménagement de l’environnement de l’enfant selon les principes de la pédagogie montessori. Inutile, toutefois, d’adhérer ou de tout simplement connaître cette approche pédagogique pour apprécier ces objets et ces meubles conçus pour accroître l’autonomie de l’enfant au quotidien et, ce faisant, renforcer considérablement sa confiance en lui-même (et, il faut bien l’avouer, te faire gagner un temps précieux).

Il est rare que je consacre un article à une boutique en particulier, car je préfère généralement la recommander dans un article consacré à un produit (ainsi que je viens par exemple de le faire à propos de la boîte à forme). Cependant, lorsque Leen m’a contactée au début de l’hiver pour m’annoncer que sa boutique était la première en Europe à proposer la fameuse tour d’apprentissage de Little Partners et me demander si je voulais bien ajouter cette information dans mon article sur les tours d’apprentissage, j’ai découvert avec émerveillement le soin et la richesse de sa sélection. C’est bien simple, si j’avais dû ouvrir une boutique de matériel et de mobilier inspirés des pédagogies actives (et crois-moi, cela n’arrivera pas mais j’y ai pensé plus d’une fois), j’aurais voulu qu’elle ressemble à Manine Montessori ; autant Fool de wool est depuis deux ans ma référence en matière de mode responsable et éthique pour les enfants, autant j’espère que Manine Montessori le deviendra pour tout ce qui relève de l’aménagement de l’espace et du matériel.

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La gigoteuse Superlove : version bébé ou version bambin ?

Je l’ai déjà dit plusieurs fois, et les nombreux retours enthousiastes reçus de la part de lectrices le confirment* : la gigoteuse parfaite s’appelle Superlove. En laine (les modèles unis) ou en laine et coton Pima (les modèles avec imprimés), elle est douce, belle, légère et thermorégulatrice. C’est la première pièce que Birgit de Fool de wool m’a fait découvrir, et c’est toujours ma préférée. Notre première gigoteuse, reçue il y a déjà deux ans, a tenu au chaud Django jusqu’au passage à la couette, est partie quelques mois en prêt chez une amie, est revenue à la maison peu après la naissance de June, et elle n’a pas pris une ride (contrairement à moi).

L’année dernière, Superlove a élargi sa gamme en proposant une version « toddler », pour les enfants de 2 à 5 ans et +. Je n’avais pas l’intention de la tester, mais c’était sans compter sur le fait que lorsque Django a vu June hériter de « sa » gigoteuse, il a absolument tenu à se la réapproprier. Et voilà mon grand bonhomme de trois ans saucissonné dans la version « bébé » qu’il refusait bien entendu de laisser ouverte en bas – l’idée étant de faire comme la petite sœur -, incapable de marcher autrement qu’en exécutant de petits sauts semblables à ceux d’une course « de sac à patates ». Mmmmh… une régression qui n’était pas pour me plaire. J’ai hésité un moment sur l’attitude à adopter, car si j’étais consciente que son comportement était une manière d’exprimer son désarroi face à l’arrivée toute récente de cette petite sœur pour laquelle tout le monde avait tant d’attention, il demeurait pour moi inadmissible d’user de la sorte un vêtement qui lui faisait de surcroit perdre autant de mobilité. Lui ayant exposé mon problème, Django l’a solutionné à sa façon : il lui fallait la même gigoteuse, mais en plus grand. Bien qu’il s’agissait pour moi d’un achat inutile, puisque mon fils était tout à fait à l’aise avec sa couette (qu’il avait lui-même préféré à sa petite gigoteuse quelques mois plus tôt), j’ai voulu saluer ses efforts pour se montrer conciliant et « faire fratrie » (besoin toujours aussi vital pour lui aujourd’hui). J’avoue que je n’étais pas mécontente de saisir l’opportunité de tester la version « bambin » de la gigoteuse. Quelques mois plus tard, voici mon comparatif.

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De la violence du monde à l’apprentissage de la gestion des émotions

En ce moment, je me passionne plus que jamais pour la question de la gestion des émotions. Cette préoccupation a une motivation double : je cherche d’une part à enrichir et améliorer nos échanges relationnels à la maison, et j’essaye d’autre part de trouver une réponse constructive vis-à-vis d’une tendance globale à la légitimation de la violence à laquelle mon quotidien me confronte tous les jours. Du point de vue de l’actualité, cette violence me touche particulièrement lorsqu’elle est adressée à l’encontre des minorités. J’en fais également l’expérience sur un plan plus personnel : lorsque je défends mes choix pour une éducation non violente ou que je m’offusque de la violence témoignée à l’encontre des enfants par l’entremise de ce blog, il arrive que l’agressivité soit directement dirigée contre ma personne. Ce n’est évidemment pas simple à gérer : attaquée bassement en tant qu’individu, ma première réaction est de vouloir répondre avec tout autant de colère et de violence, ce qu’il me faut à tout prix éviter pour qu’existe une possibilité de dialogue. Cela est difficile, et me coûte énormément de temps et d’énergie, pour un échange qui demeure généralement stérile. Néanmoins, je suis convaincue qu’il s’agit d’une question primordiale. L’extrême violence dont témoignent aujourd’hui la plupart des discours contemporains dominants (discours politique, discours moral, discours médical, discours éducatif, discours commercial, discours psychologisant, discours d’entreprise, voire même discours médiatique), et que reflète à un autre niveau la violence que nous-mêmes déployons dans nos réponses à autrui (que celui-ci soit un parfait inconnu ou notre propre enfant), est une conséquence du peu de valeur accordée à l’empathie par la société contemporaine, société qui réduit plus volontiers le sujet humain à un type, à une « étiquette » qu’elle ne cherche à comprendre ce qui constitue son intériorité (c’est-à-dire ses émotions et ses sentiments, mais également ses croyances, les logiques cognitives qui lui sont propres, etc.). Je crois qu’inviter chacun, à commencer par nous-mêmes, à identifier et à accueillir ces réactions émotionnelles contribue à endiguer cette violence, qui en est précisément une des manifestations. Et, pour ENFIN en venir à un sujet dans la ligne éditoriale de ce blog, j’en parle ici car je crois qu’il en va de notre rôle d’éducateur.

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L’espace pour les histoires et les temps de retour au calme à la maison

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Bonjour le calme : reconnexion à soi et à l’instant dès deux ans [concours]

Apprendre à se préserver de la profusion d’informations qui assaillent nos sens à tout moment, à faire le tri et à se concentrer sur le traitement de celles que nous jugeons les plus intéressantes. Se (re)connecter à soi – à ses émotions, à ses besoins – et à l’instant, pour ne pas tout vivre sur un mode de consommation frénétique et gagner en confiance en soi et en bien-être. Ce n’est évident ni pour moi ni pour mes enfants. J’entends certains des pleurs de ma fille de huit mois comme une tentative désespérée pour se couper des stimuli du monde ; je lis dans les pitreries qu’exécute sans relâche mon fils en fin de journée l’énergie ultime d’un corps qui refuse de reconnaître qu’il n’en peut déjà plus. Pour les aider à s’abandonner, les guider vers le lâcher prise, bien souvent mon compagnon ou moi-même nous couchons à leur côté pour former autour d’eux un petit cocon. Lors d’une conférence à laquelle j’assistai récemment, j’ai été frappée que l’invitée évoque le fait que certaines jardinières (institutrices maternelles dans les écoles Steiner) éprouvent aujourd’hui une semblable nécessité d’entourer de leurs bras les enfants pour qu’ils parviennent à se relâcher au moment de la sieste.

Comment tisser de manière autonome son propre cocon ?  Comment y inviter nos enfants ?

Prêter attention au souffle en utilisant l’imaginaire est une voie. Faire momentanément abstraction du mental pour se mettre à l’écoute d’un rythme vital, celui de la respiration, et prendre conscience d’une énergie qui émane du centre du corps et se répand jusqu’aux plus fines ramifications des schèmes musculaires. Cela peut se faire par le biais d’une activité comme la marche, par exemple, mais également d’autres pratiques peut-être plus adaptées à notre quotidien sédentaire, comme le yoga ou la méditation. Ces dernières années, de nombreux ouvrages ont paru pour nous proposer d’initier nos enfants à ses pratiques. Si je consacre un article à l’un d’entre eux qui vient de m’être envoyé par les Éditions Albin Michel, c’est que le point fort de Bonjour, le calme d’Anne Crahay est, à mon sens, d’être particulièrement adapté pour les plus petits, dès 2 ans / 2 ans et demi (quand la plupart sont plutôt destinés aux quatre-cinq ans).

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Une parfaite boîte à forme (ou « imbucare ») pour bébé June

La « boîte à forme unique », ou « imbucare » (de l’italien : « mettre dans un trou »), permet à l’enfant d’appréhender le concept de permanence de l’objet développé en psychologie cognitive, lequel est à mettre en parallèle selon moi des enjeux du jeu du fort-da (ou « jeu de la bobine ») tel qu’il a été identifié par Freud et du stade du miroir lacanien : pour le dire (trop) rapidement, le tout-petit reconnaît que les objets et les personnes qui l’entourent sont extérieurs à lui-même, et qu’ils continuent d’exister même lorsqu’ils ne sont pas directement perceptibles par ses sens. C’est ce qui explique notamment l’enthousiasme des enfants de cet âge pour les jeux de « coucou » (ou « peek-a-boo »).

Outre le concept de permanence de l’objet, la boîte à forme unique permet à l’enfant d’exercer et d’affiner ses compétences de motricité fine. C’est pourquoi cette boîte, qui fait partie du matériel destiné aux 0-3 ans dans la pédagogie montessori, se décline sous plusieurs variantes qui font entre elles l’objet d’une progression. L’idée principale à retenir étant que les boîtes à formes (au pluriel) traditionnellement proposées dans le commerce ne sont pas à la portée du tout-petit parce qu’elles n’isolent pas la difficulté. Plutôt qu’une boîte à ouvertures multiples, la pédagogie montessori présente successivement à l’enfant une série de boîtes à forme unique, qui épargnent à l’enfant la partie « discrimination » pour qu’il puisse se concentrer sur la manipulation.

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Pour le droit d’offrir du « matériel pédagogique » aux enfants

[cet article fait suite à la réflexion initiée par Biboumam dans cet article, et est une réponse à sa « commande » ; qu’elle en soit remerciée]

Je manifeste pour le droit d’offrir du « matériel pédagogique » aux enfants. Aux alentours de Noël, je suis souvent mal à l’aise de lire au détour des blogs qui touchent de près ou de loin aux pédagogies actives des commentaires un peu incendiaires (voire des articles entiers) dès qu’une maman à l’audace de demander des conseils pour offrir du matériel d’inspiration montessori à ses mômes : « Malheureuse ! On n’offre pas de matériel pédagogique à Noël ! » « Et le droit des enfants à recevoir des Lego et des Playmobil, alors ? » Commentaires d’autant plus ironiques que ce sont les mêmes qui passeront pourtant le reste de l’année à faire l’éloge de ce « matériel pédagogique » et des prouesses d’intelligence et de dextérité que leurs enfants acquièrent pas son biais, générant par là même la demande de la pauvre maman bien intentionnée. Tu l’auras compris, je me range bien entendu dans la catégorie des mamans très présentes sur les réseaux sociaux et réponse à tout que je pointe d’un doigt accusateur ; que ce billet soit donc lu comme une auto-critique. Sauf que… j’offre du matériel pédagogique aux enfants pour les fêtes de saison et même pour leur anniversaire. Mère indigne, qui n’a rien compris aux principes élémentaires de la pédagogie montessori !

Évidemment, il y a dans notre société des manifestes bien plus importants à soutenir. Mais j’avais envie de te montrer quelques chouettes idées de « matériel pédagogique » arrivées chez nous récemment, tout eu donnant un peu de fond à la chose par quelques réflexions qui n’engagent que moi, mais dont la lecture déculpabilisera peut-être certain.e.s.

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