Catégorie : Apprentie maman

La découverte des lettres rugueuses : comparatif de trois coffrets « Montessori »

Pourquoi les lettres rugueuses ?

Maria Montessori a énormément valorisé l’intelligence de la main (clic, clic) : pour Montessori, la main est l’organe moteur par le biais duquel l’homme entre en contact avec ce qui l’entoure ; elle appartient simultanément au corps et à l’esprit. En développant la musculature et la sensibilité de ses doigts, l’enfant affine sa compréhension du monde. C’est un principe fondateur de la pédagogie Montessori qui me parle beaucoup.

Dans la pédagogie Montessori, les lettres rugueuses permettent de préparer dans le même temps l’enfant à l’écriture et à la lecture. Il s’agit de conférer à chaque lettre une épaisseur et un « grain », afin de l’appréhender à la fois par  l’ouïe, le regard ET le toucher : reproduisant le geste de l’adulte qui vient de lui en faire la démonstration, l’enfant prononce le son de la lettre, la reconnaît et suit son tracé du bout des doigts. À l’heure de la découverte des différents types d’intelligence et de canaux de mémorisation, la pertinence de cette approche qui fait appel aux compétences auditives, visuelles et kinesthésiques – ces dernières étant bien souvent peu exploitées sur les bancs d’école – nous apparaît clairement !

 

Pourquoi des lettres cursives ?

La pédagogie Montessori choisit de présenter les lettres cursives plutôt que les « capitales » ou « lettres bâtons », puisque ce sont celles que nous utiliserons toute notre vie pour écrire. Ce choix est donc corrélé à l’approche sensorielle de la lettre que j’ai rapidement décrite ci-dessus : rien ne sert de se mettre dans les doigts des lettres qu’on n’écrira pas par la suite. En outre, la fluidité du tracé des cursives est perçu comme un exercice capable de muscler et d’assouplir davantage le mouvement de la main, en vue de préparer celle-ci à l’écriture.

Néanmoins, malgré le fait que j’aie choisi de présenter les lettres cursives à mon fils, celui-ci les identifie encore mal et leur préfère nettement les lettres « bâtons ». Si je l’accompagne volontiers dans cette découverte, je préfère éviter de lui faire appréhender cette écriture sous forme de lettres rugueuses, pour lesquelles je réitère mes propositions de cursives. Cela n’engage toutefois que moi.

 

Quelles lettres rugueuses choisir ?

Dernièrement, nous nous sommes retrouvés en possession de trois coffrets de lettres rugueuses estampillés « Montessori » à la maison : j’ai acheté le premier la veille du jour où le deuxième fut offert à Django par sa marraine, et deux semaines plus tard nous avons reçu le troisième d’un éditeur. J’avais eu moi-même beaucoup de mal à choisir le coffret dans lequel je me suis décidée à investir : j’ai une idée bien précise de ce que je voudrais trouver en guise de lettres rugueuses et il m’a été difficile de me faire une idée de ce que contenait exactement les différents coffrets proposés. Aussi, je me propose de te faciliter la tâche en te montrant ce que j’ai actuellement dans les mains (mais sache qu’il en existe encore d’autres, les éditeurs jeunesse surfant joyeusement sur la vague d’engouement pour les pédagogies actives). Je vais essayer de rester la plus objective possible et de ne pas trop donner mon avis pour une fois, car ces coffrets ont chacun leurs défauts et leurs qualités. Je dois reconnaître d’emblée qu’aucun d’entre eux ne correspond exactement à ce que j’aurais voulu trouver, et que si c’est également ton cas, tu n’auras pas vraiment d’autre choix que de le réaliser toi-même. Tout dépend de tes critères pour l’usage que tu souhaites en faire.

 Le coffret Montessori des lettres rugueuses de Balthazar* chez Hatier

  • 22,9 euros
  • Contenu : 26 grandes cartes présentant chaque lettre de notre alphabet + 26 petites images non légendées pour une activité d’association + un livret de présentation
  • Les lettres comme les images sont réalisées en papier cartonné épais (résistant)
  • Les lettres sont réalisées dans ce qui ressemble davantage à de la toile de jute que du papier de verre : elles présentent une certaine épaisseur et une véritable rugosité ; après un usage modéré, certaines lettres se décollent et doivent être recollées
  • De petites flèches blanches sont dessinées pour indiquer le sens du tracé de chaque lettre
  • Les voyelles sont en rouge et les consonnes en bleu
  • Le « e » n’a pas d’attaque, le « y » démarre avec un pont, la première jambe du « n » est plus courte que dans les deux autres coffrets et c’est le seul des trois qui propose le « q » sans attache
  • Le choix des images ne m’apparaît pas toujours judicieux (ex. : « euro » pour introduire la lettre « e », alors que le mot débute par le digramme « eu » qui se prononce ici [ø])

 

 Mon grand coffret Montessori* chez Larousse

 

  • 22,95 euros
  • Contenu : une série de cartes des chiffres de 0 à 10 (non rugueux !) + 2 x 26 lettres en écriture cursive et 2 x 26 lettres en écriture capitale (toutes les lettres étant cette fois légèrement rugueuses) + 26 images légendées en capitales (!!) d’un côté, non légendées de l’autre + un livret de présentation
  • Toutes les cartes sont en petit format et en papier glacé souple (se plie aisément et présente des reflets)
  • Seules les lettres sont réalisées dans un papier scintillant, qui procure une légère impression de relief quand on y passe les doigts
  • Des petites flèches noires sont dessinées pour indiquer le sens du tracé de chaque lettre
  • Les voyelles sont en vert et les consonnes en bleu
  • Le « e » n’a pas d’attaque, le « y » commence avec un pont et le « q » est suivi d’une attache
  • Le choix des images légendées ne m’apparaît pas toujours judicieux (ex. : « éléphant » pour le son [ǝ])

 

Mes lettres rugueuses Montessori, chez Gründ

 

  • 7,5 euros
  • Contenu : 26 lettres rugueuses + 26 images à associer + un livret d’activités
  • Les cartes sont en petit format et en papier épais (elles se plient aisément)
  • Le tracé est beaucoup plus fin que celui des deux autres coffrets et moyennement rugueux
  • Les consonnes sont en rouge et les voyelles en bleu
  • C’est le seul des trois coffrets qui présente des œilletons et ceux-ci apparaissent de manière régulière
  • Le « e » n’a pas d’attaque, le « q » est suivi d’une attache et le « y » commence avec une attaque
  • Le choix des images ne m’apparaît pas toujours judicieux (ex. : « euro » pour introduire la lettre « e », alors que le mot débute par le digramme « eu » qui se prononce ici [ø])
  • Le livret d’activité consiste pour l’essentiel à s’exercer à l’écriture d’une lettre : le format (petite taille de la lettre + la présentation de deux mots par page avec une seule ligne de graphie) rend l’activité à mon sens peu intéressante pédagogiquement (et en tout cas inutilisable avec un scripteur débutant)
  • Les flèches qui initient au sens du tracé des lettres sont présentes dans le livret et pas sur les cartes

 

Comparaison des trois types de cartes

Les tiges d’encastrement Montessori

La lecture de Maria Montessori m’a appris à regarder les mains de l’enfant travailler (voir L’esprit absorbant de l’enfant* par exemple). Depuis, il y a certaines activités que je ne me lasse pas de voir les tout-petits exécuter. Voici un matériel que j’ai envie de te montrer depuis quelques mois, mais qu’il me fut difficile à prendre en photo. J’ai profité d’un moment où June était trop fatiguée que pour vraiment remarquer la présence de l’appareil et se déconcentrer : installée dans le canapé, tétine en bouche, elle a choisi de répéter un encastrement sur tige qu’elle maîtrise depuis longtemps déjà, après avoir décidé de cacher les deux autres rondelles sous un coussin (?).

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Le temps qui passe et la symbolique de l’héritage : deux albums pour les 3-6 ans

Sauf quand il s’agit de déplier une explication scientifique (du type « comment fait-on les bébés »), j’aime que les albums jeunesse – et la littérature en général – ne soient pas trop explicites. J’aime que la poésie d’un livre nous permette d’y trouver les réponses que nous sommes venus chercher – consciemment ou inconsciemment – ou qu’au contraire elle nous incite à nous questionner. J’aime que le texte et le dessin puissent susciter des lectures multiples, en fonction de l’âge ou du tempérament de leur jeune lecteur. Je déteste les livres pour enfants aux morales simplistes – et bien souvent fausses – (« sois gentil dans la vie, ou tu n’auras pas d’ami »), qui me donnent toujours l’impression de prendre les enfants pour des imbéciles.

Toutes ces raisons expliquent pourquoi j’ai eu un véritable coup de cœur pour Ici et là, les maisons d’Akira et Mon arbre, deux albums qui abordent, de manière très différente, la symbolique de l’héritage générationnel et la question du temps qui passe, en approchant de ce fait quelques thèmes essentiels pour les enfants autour de trois ou quatre ans : la famille, la vieillesse et la mort.

Ici et là, les maisons d’Akira*

Sous la forme d’un conte initiatique, les fabuleux dessins de Clotilde Perrin nous font voyager à travers les différentes étapes de la vie d’Akira : chaque grand moment de la vie (la naissance, l’indépendance, l’amour…) vient s’incarner dans l’architecture d’une « maison ». La poétique de l’espace est particulièrement bien menée par l’auteure Claire Ubac : le talent de l’album à demeurer du côté de la suggestion permet différents niveaux de lecture, ce qui en fait un album particulièrement adéquat pour les fratries, et la symbolique spatiale permet à l’enfant d’appréhender ces grands moments de passage sur le registre du sensible plutôt que sur un mode intellectuel. Autrement dit, on n’est pas du côté de l’explication, mais du côté de l’image : il s’agit pour l’enfant de ressentir par son imaginaire et son corps plutôt que de saisir par la raison, c’est-à-dire de faire appel au vecteur d’apprentissage privilégier des enfants avant six ou sept ans (et que notre société contemporaine a par ailleurs plutôt tendance à négliger).

Mon arbre*

Un grand-père plante un arbre pour la naissance de son petit-fils. Chaque année, l’anniversaire de l’enfant est l’occasion de rendre visite à l’arbre et de déposer à son pied une pierre. Le petit garçon et son grand-père se tiennent à ce rituel jusqu’à la mort de ce dernier. Par la suite, l’adolescent puis l’adulte continuera de bâtir année après année un muret autour de son arbre, en-dessous duquel joue désormais son propre enfant. Il entretient le souvenir de son grand-père, finissant par atteindre l’âge de ce dernier au moment de sa naissance, puis à le dépasser. Page après page, le temps chemine et les générations se dessinent à travers les riches illustrations d’Emilie Angebault. À travers la symbolique de cet arbre destiné à abriter sous son feuillage des générations de jeux d’enfants, ce sont les thèmes de la transmission et de l’héritage que Mélanie Edwards aborde de manière tendre et touchante. L’album se termine par le dessin d’un arbre généalogique que l’on peut soi-même compléter. Sur ses branches se tiennent un nain et une fée, deux de ces personnages imaginaires qu’on retrouve à chaque page telles de subtiles allusions aux jeux du narrateur lorsqu’il rendait visite à son arbre en compagnie de son grand-père : une manière de souligner que les échos de l’enfance perdurent malgré les années qui passent… et malgré les épreuves que nous imposent la vie.

 

Ma bibliothèque Reggio

Dans une tentative de répondre à une demande qui m’est régulièrement adressée, voici une esquisse de ressources autour de l’approche Reggio, qui est, comme tu le sais peut-être, la « pédagogie active » avec laquelle je me sens le plus en phase. Cette liste est bien entendu non exhaustive (il s’agit seulement de présenter mes ressources préférées, pas de te noyer sous les références), amenée à évoluer et participative : tu es libre de l’enrichir de tes suggestions et de tes impressions de lecture via la section « commentaires » de cet article (ou via l’onglet « contact » ci-dessus, si tu ne souhaites pas laisser directement ton empreinte sur le blog). Je retiendrai de temps en temps les propositions qui me semblent les plus pertinentes pour étayer cette bibliothèque Reggio.

[photo de l’été dernier]

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Trois illustratrices pour mettre la parentalité douce en image

Dans la série de ressources autour de la parentalité douce – que je me plais à te faire découvrir par trois – voici mon triple coup de cœur pour des illustratrices qui me touchent par le regard qu’elles posent sur l’enfance et notre métier de parents.

Bougribouillons

Connue partout sur la Toile depuis ses cartes sur les émotions et ses illustrations sur la motricité libre (disponibles gratuitement au téléchargement pour afficher par exemple dans les lieux de collectivité), Bougribouillons partage également en dessins ses convictions à propos de la Diversification alimentaire Menée par l’Enfant (dont elle offre une explication très claire et complète) ou des dangers de la violence dite « éducative ». Récemment, elle a publié grâce à une campagne participative un conte sur l’allaitement maternel (que je trouve toutefois un peu moins réussi). Le message est clair, positif et instructif : on en redemande ! Sa page Facebook est aussi intéressante à suivre, car elle y partage quantité de liens autour de la parentalité douce.

Fanny Vella

On reprend les mêmes thèmes et c’est fois on rit un bon coup ! Je ne résiste pas à te (re)parler des illustrations réalisées par Fanny Vella à propos de l’allaitement, du cododo ou de la DME, tant la vérité criante qui se cache sous ses illustrations me fait rire. Pour découvrir son travail, rendez-vous sur son blog ou sur sa page Facebook.

 

Les Jolis sauvages

Un projet que j’aime à la folie, avant tout pour son originalité, mais également pour la qualité du dessin, l’intérêt du propos et le traitement non jugeant qui en est proposé ! Avec Les Jolis sauvages, la dessinatrice qu’on connaissait déjà bien sous le pseudonyme de « Lili aime le nougat » nous propose une bande-dessinée retraçant le cheminement de sa petite famille vers le unschooling. Les témoignages d’autres familles côtoient les expériences personnelles et les interrogations récurrentes qui reviennent lorsqu’on parle d’instruction en famille. A découvrir absolument, surtout si vous avez quelques réticences sur le sujet. On peut suivre l’avancement du projet sur le site qui lui est consacré, sur Facebook ou encore sur Instragram.

J’espère que le travail de ces trois illustratrices te plaira autant qu’à moi.

 

Wobbel board, en action

J’avais complètement oublié ces petits bouts de vidéo capturés tandis que je préparais mon article pour te parler du Wobbel en septembre dernier. Voici donc les plus amusants assemblés. Avec de la musique, ça aurait été encore plus sympa, mais bon, tu sais bien, le temps, la vie, les enfants, tout ça, tout ça, quoi.

Notre Wobbel vient de chez Manine Montessori, c’est la version laquée sans l’épaisseur de feutre.

J’espère que ça swing tout autant chez vous !

Aux mères-veilleuses, malgré la douleur, malgré la peine

31 août, veille de rentrée scolaire. J’ai étiqueté l’ensemble des affaires des enfants ; je vérifie une dernière fois les listes respectives ; je fais deux tas. J’embarque les affaires de Django dans la charrette que j’accroche à l’arrière du vélo pour transporter les enfants. J’ajoute du jus de fruits et un gâteau confectionné la veille. Nous nous sommes levés tôt  June s’est levée (beaucoup trop) tôt. J’ai aidé les enfants à s’habiller, j’ai préparé le petit déjeuner. Comme tous les matins. Je me dis que je n’ai pas prévu pour eux de « tenues de rentrée ». Tout le monde est souriant aujourd’hui. Il fait beau. Je beurre une tartine et je me souviens que j’ai oublié d’ajouter des sacs pour le linge sale dans les affaires que June emportera à la crèche. Elle commence son « acclimatation » (oh le barbarisme…) dans quatre jours. Les enfants sont heureux de mettre leur casque et de s’installer dans la charrette qui a rendu possible toutes nos aventures de l’été. Je m’installe sur le vélo. La jardinière de Django nous a invité à un brunch de retrouvailles à l’école, et je lui suis reconnaissante d’avoir organisé cette activité qui permettra à tous d’apaiser l’effervescence de la rentrée et d’éviter des embrassades trop déchirantes le lendemain matin. Les enfants sont ravis de jouer dehors et il faut voir avec quel naturel ils s’installent aux tables que nous avons disposées dans la cour pour manger, se passant des muffins aux myrtilles ou réclamant plus de jus de pomme ; on n’a pas l’impression que deux mois viennent de passer. Le week-end dernier, nous avons terminé les divers travaux de couture et d’ébénisterie nécessaires et nous avons tout nettoyé. Les enfants sont curieux de cette nouvelle disposition, qu’ils découvriront véritablement le lendemain. Je n’oublie pas de déposer toutes les affaires de Django. Il m’aide à installer son couchage à l’étage.

Sur la route, un automobiliste klaxonne derrière moi ; je prends peur car j’imagine le pire (la charrette en train de se détacher), je freine de toutes mes forces. J’ai changé les freins (à disque…) la veille, la route est humide : le vélo glisse et se couche sur moi. Je heurte méchamment le bitume.

(suite…)