Les tiges d’encastrement Montessori

La lecture de Maria Montessori m’a appris à regarder les mains de l’enfant travailler (voir L’esprit absorbant de l’enfant* par exemple). Depuis, il y a certaines activités que je ne me lasse pas de voir les tout-petits exécuter. Voici un matériel que j’ai envie de te montrer depuis quelques mois, mais qu’il me fut difficile à prendre en photo. J’ai profité d’un moment où June était trop fatiguée que pour vraiment remarquer la présence de l’appareil et se déconcentrer : installée dans le canapé, tétine en bouche, elle a choisi de répéter un encastrement sur tige qu’elle maîtrise depuis longtemps déjà, après avoir décidé de cacher les deux autres rondelles sous un coussin (?).

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Le temps qui passe et la symbolique de l’héritage : deux albums pour les 3-6 ans

Sauf quand il s’agit de déplier une explication scientifique (du type « comment fait-on les bébés »), j’aime que les albums jeunesse – et la littérature en général – ne soient pas trop explicites. J’aime que la poésie d’un livre nous permette d’y trouver les réponses que nous sommes venus chercher – consciemment ou inconsciemment – ou qu’au contraire elle nous incite à nous questionner. J’aime que le texte et le dessin puissent susciter des lectures multiples, en fonction de l’âge ou du tempérament de leur jeune lecteur. Je déteste les livres pour enfants aux morales simplistes – et bien souvent fausses – (« sois gentil dans la vie, ou tu n’auras pas d’ami »), qui me donnent toujours l’impression de prendre les enfants pour des imbéciles.

Toutes ces raisons expliquent pourquoi j’ai eu un véritable coup de cœur pour Ici et là, les maisons d’Akira et Mon arbre, deux albums qui abordent, de manière très différente, la symbolique de l’héritage générationnel et la question du temps qui passe, en approchant de ce fait quelques thèmes essentiels pour les enfants autour de trois ou quatre ans : la famille, la vieillesse et la mort.

Ici et là, les maisons d’Akira*

Sous la forme d’un conte initiatique, les fabuleux dessins de Clotilde Perrin nous font voyager à travers les différentes étapes de la vie d’Akira : chaque grand moment de la vie (la naissance, l’indépendance, l’amour…) vient s’incarner dans l’architecture d’une « maison ». La poétique de l’espace est particulièrement bien menée par l’auteure Claire Ubac : le talent de l’album à demeurer du côté de la suggestion permet différents niveaux de lecture, ce qui en fait un album particulièrement adéquat pour les fratries, et la symbolique spatiale permet à l’enfant d’appréhender ces grands moments de passage sur le registre du sensible plutôt que sur un mode intellectuel. Autrement dit, on n’est pas du côté de l’explication, mais du côté de l’image : il s’agit pour l’enfant de ressentir par son imaginaire et son corps plutôt que de saisir par la raison, c’est-à-dire de faire appel au vecteur d’apprentissage privilégier des enfants avant six ou sept ans (et que notre société contemporaine a par ailleurs plutôt tendance à négliger).

Mon arbre*

Un grand-père plante un arbre pour la naissance de son petit-fils. Chaque année, l’anniversaire de l’enfant est l’occasion de rendre visite à l’arbre et de déposer à son pied une pierre. Le petit garçon et son grand-père se tiennent à ce rituel jusqu’à la mort de ce dernier. Par la suite, l’adolescent puis l’adulte continuera de bâtir année après année un muret autour de son arbre, en-dessous duquel joue désormais son propre enfant. Il entretient le souvenir de son grand-père, finissant par atteindre l’âge de ce dernier au moment de sa naissance, puis à le dépasser. Page après page, le temps chemine et les générations se dessinent à travers les riches illustrations d’Emilie Angebault. À travers la symbolique de cet arbre destiné à abriter sous son feuillage des générations de jeux d’enfants, ce sont les thèmes de la transmission et de l’héritage que Mélanie Edwards aborde de manière tendre et touchante. L’album se termine par le dessin d’un arbre généalogique que l’on peut soi-même compléter. Sur ses branches se tiennent un nain et une fée, deux de ces personnages imaginaires qu’on retrouve à chaque page telles de subtiles allusions aux jeux du narrateur lorsqu’il rendait visite à son arbre en compagnie de son grand-père : une manière de souligner que les échos de l’enfance perdurent malgré les années qui passent… et malgré les épreuves que nous imposent la vie.

 

Ma bibliothèque Reggio

Dans une tentative de répondre à une demande qui m’est régulièrement adressée, voici une esquisse de ressources autour de l’approche Reggio, qui est, comme tu le sais peut-être, la « pédagogie active » avec laquelle je me sens le plus en phase. Cette liste est bien entendu non exhaustive (il s’agit seulement de présenter mes ressources préférées, pas de te noyer sous les références), amenée à évoluer et participative : tu es libre de l’enrichir de tes suggestions et de tes impressions de lecture via la section « commentaires » de cet article (ou via l’onglet « contact » ci-dessus, si tu ne souhaites pas laisser directement ton empreinte sur le blog). Je retiendrai de temps en temps les propositions qui me semblent les plus pertinentes pour étayer cette bibliothèque Reggio.

[photo de l’été dernier]

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Trois illustratrices pour mettre la parentalité douce en image

Dans la série de ressources autour de la parentalité douce – que je me plais à te faire découvrir par trois – voici mon triple coup de cœur pour des illustratrices qui me touchent par le regard qu’elles posent sur l’enfance et notre métier de parents : bienvenue dans l’univers de Bougribouillons, Fanny Vella et Les Jolis sauvages. Ça parle maternité, allaitement, cododo, motricité libre, école à la maison… Bref, tout ce que j’aime !

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Wobbel board, en action

J’avais complètement oublié ces petits bouts de vidéo capturés tandis que je préparais mon article pour te parler du Wobbel en septembre dernier. Voici donc les plus amusants assemblés. Avec de la musique, ça aurait été encore plus sympa, mais bon, tu sais bien, le temps, la vie, les enfants, tout ça, tout ça, quoi.

Notre Wobbel vient de chez Manine Montessori, c’est la version laquée sans l’épaisseur de feutre.

J’espère que ça swing tout autant chez vous !

Aux mères-veilleuses, malgré la douleur, malgré la peine

31 août, veille de rentrée scolaire. J’ai étiqueté l’ensemble des affaires des enfants ; je vérifie une dernière fois les listes respectives ; je fais deux tas. J’embarque les affaires de Django dans la charrette que j’accroche à l’arrière du vélo pour transporter les enfants. J’ajoute du jus de fruits et un gâteau confectionné la veille. Nous nous sommes levés tôt  June s’est levée (beaucoup trop) tôt. J’ai aidé les enfants à s’habiller, j’ai préparé le petit déjeuner. Comme tous les matins. Je me dis que je n’ai pas prévu pour eux de « tenues de rentrée ». Tout le monde est souriant aujourd’hui. Il fait beau. Je beurre une tartine et je me souviens que j’ai oublié d’ajouter des sacs pour le linge sale dans les affaires que June emportera à la crèche. Elle commence son « acclimatation » (oh le barbarisme…) dans quatre jours. Les enfants sont heureux de mettre leur casque et de s’installer dans la charrette qui a rendu possible toutes nos aventures de l’été. Je m’installe sur le vélo. La jardinière de Django nous a invité à un brunch de retrouvailles à l’école, et je lui suis reconnaissante d’avoir organisé cette activité qui permettra à tous d’apaiser l’effervescence de la rentrée et d’éviter des embrassades trop déchirantes le lendemain matin. Les enfants sont ravis de jouer dehors et il faut voir avec quel naturel ils s’installent aux tables que nous avons disposées dans la cour pour manger, se passant des muffins aux myrtilles ou réclamant plus de jus de pomme ; on n’a pas l’impression que deux mois viennent de passer. Le week-end dernier, nous avons terminé les divers travaux de couture et d’ébénisterie nécessaires et nous avons tout nettoyé. Les enfants sont curieux de cette nouvelle disposition, qu’ils découvriront véritablement le lendemain. Je n’oublie pas de déposer toutes les affaires de Django. Il m’aide à installer son couchage à l’étage.

Sur la route, un automobiliste klaxonne derrière moi ; je prends peur car j’imagine le pire (la charrette en train de se détacher), je freine de toutes mes forces. J’ai changé les freins (à disque…) la veille, la route est humide : le vélo glisse et se couche sur moi. Je heurte méchamment le bitume.

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Jeux de société : la suite (à partir de quatre ans)

Il y a un peu plus d’un an, je te parlais de nos premiers vrais jeux de société en famille, testés et approuvés durant la troisième année de Django. Désormais, notre petit garçon a quatre ans, et bien que l’essentiel du temps de jeu soit désormais invariablement consacré aux Lego (surtout quand le papa s’en mêle), nous avons eu l’occasion de tester beaucoup d’autres beaux jeux de société. Deux éditeurs, surtout, excellent à faire des jeux généralement très beaux et bien pensés pour les joueurs en herbe : Smart Games qui, même si je ne présenterais aucun de ces jeux dans cette chronique, réussit des casse-tête intelligents et financièrement accessibles qui se jouent longtemps et Haba, leader incontestable du jeu de plateau pour enfants, avec de beaux graphismes, des pièces en bois et des règles – coopératives ou non – la plupart du temps fort bien pensées.

Pas facile de faire son choix parmi l’étendue de ce qui nous est désormais proposé (c’était plus facile lorsque Django avait deux ans : memory ou… memory ?). J’aimerais pouvoir te dire que tu peux te fier à l’âge conseillé par le fabriquant mais rien n’est moins sûr : plus un enfant a l’habitude des jeux de société, moins ces indicateurs d’âge se révéleront fiables. J’indique donc « à partir de quatre ans » dans mon titre, mais en vérité je considère plutôt que l’enfant est plus ou moins passé par les « cases » memory (encore lui…), domino, loto, Batawaf*, Petites chenilles multicolores et incontournable Verger. Autrement dit, qu’il maîtrise les règles de base du jeu de société (identifier l’objectif du jeu, attendre son tour, lancer le dé et interpréter le résultat selon le jeu, avancer sur un plateau…), qu’il connaît bien les couleurs et qu’il est capable de dénombrer jusqu’à 10 au moins, qu’il commence à se montrer combatif et à être sensible à la nécessité de déployer une stratégie pour battre l’adversaire. C’est acquis ? Alors c’est parti !

 

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