Catégorie : Apprentie maman

La gigoteuse Superlove : version bébé ou version bambin ?

Je l’ai déjà dit plusieurs fois, et les nombreux retours enthousiastes reçus de la part de lectrices le confirment* : la gigoteuse parfaite s’appelle Superlove. En laine (les modèles unis) ou en laine et coton Pima (les modèles avec imprimés), elle est douce, belle, légère et thermorégulatrice. C’est la première pièce que Birgit de Fool de wool m’a fait découvrir, et c’est toujours ma préférée. Notre première gigoteuse, reçue il y a déjà deux ans, a tenu au chaud Django jusqu’au passage à la couette, est partie quelques mois en prêt chez une amie, est revenue à la maison peu après la naissance de June, et elle n’a pas pris une ride (contrairement à moi).

L’année dernière, Superlove a élargi sa gamme en proposant une version « toddler », pour les enfants de 2 à 5 ans et +. Je n’avais pas l’intention de la tester, mais c’était sans compter sur le fait que lorsque Django a vu June hériter de « sa » gigoteuse, il a absolument tenu à se la réapproprier. Et voilà mon grand bonhomme de trois ans saucissonné dans la version « bébé » qu’il refusait bien entendu de laisser ouverte en bas – l’idée étant de faire comme la petite sœur -, incapable de marcher autrement qu’en exécutant de petits sauts semblables à ceux d’une course « de sac à patates ». Mmmmh… une régression qui n’était pas pour me plaire. J’ai hésité un moment sur l’attitude à adopter, car si j’étais consciente que son comportement était une manière d’exprimer son désarroi face à l’arrivée toute récente de cette petite sœur pour laquelle tout le monde avait tant d’attention, il demeurait pour moi inadmissible d’user de la sorte un vêtement qui lui faisait de surcroit perdre autant de mobilité. Lui ayant exposé mon problème, Django l’a solutionné à sa façon : il lui fallait la même gigoteuse, mais en plus grand. Bien qu’il s’agissait pour moi d’un achat inutile, puisque mon fils était tout à fait à l’aise avec sa couette (qu’il avait lui-même préféré à sa petite gigoteuse quelques mois plus tôt), j’ai voulu saluer ses efforts pour se montrer conciliant et « faire fratrie » (besoin toujours aussi vital pour lui aujourd’hui). J’avoue que je n’étais pas mécontente de saisir l’opportunité de tester la version « bambin » de la gigoteuse. Quelques mois plus tard, voici mon comparatif.

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De la violence du monde à l’apprentissage de la gestion des émotions

En ce moment, je me passionne plus que jamais pour la question de la gestion des émotions. Cette préoccupation a une motivation double : je cherche d’une part à enrichir et améliorer nos échanges relationnels à la maison, et j’essaye d’autre part de trouver une réponse constructive vis-à-vis d’une tendance globale à la légitimation de la violence à laquelle mon quotidien me confronte tous les jours. Du point de vue de l’actualité, cette violence me touche particulièrement lorsqu’elle est adressée à l’encontre des minorités. J’en fais également l’expérience sur un plan plus personnel : lorsque je défends mes choix pour une éducation non violente ou que je m’offusque de la violence témoignée à l’encontre des enfants par l’entremise de ce blog, il arrive que l’agressivité soit directement dirigée contre ma personne. Ce n’est évidemment pas simple à gérer : attaquée bassement en tant qu’individu, ma première réaction est de vouloir répondre avec tout autant de colère et de violence, ce qu’il me faut à tout prix éviter pour qu’existe une possibilité de dialogue. Cela est difficile, et me coûte énormément de temps et d’énergie, pour un échange qui demeure généralement stérile. Néanmoins, je suis convaincue qu’il s’agit d’une question primordiale. L’extrême violence dont témoignent aujourd’hui la plupart des discours contemporains dominants (discours politique, discours moral, discours médical, discours éducatif, discours commercial, discours psychologisant, discours d’entreprise, voire même discours médiatique), et que reflète à un autre niveau la violence que nous-mêmes déployons dans nos réponses à autrui (que celui-ci soit un parfait inconnu ou notre propre enfant), est une conséquence du peu de valeur accordée à l’empathie par la société contemporaine, société qui réduit plus volontiers le sujet humain à un type, à une « étiquette » qu’elle ne cherche à comprendre ce qui constitue son intériorité (c’est-à-dire ses émotions et ses sentiments, mais également ses croyances, les logiques cognitives qui lui sont propres, etc.). Je crois qu’inviter chacun, à commencer par nous-mêmes, à identifier et à accueillir ces réactions émotionnelles contribue à endiguer cette violence, qui en est précisément une des manifestations. Et, pour ENFIN en venir à un sujet dans la ligne éditoriale de ce blog, j’en parle ici car je crois qu’il en va de notre rôle d’éducateur.

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L’espace pour les histoires et les temps de retour au calme à la maison

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Bonjour le calme : reconnexion à soi et à l’instant dès deux ans [concours]

Apprendre à se préserver de la profusion d’informations qui assaillent nos sens à tout moment, à faire le tri et à se concentrer sur le traitement de celles que nous jugeons les plus intéressantes. Se (re)connecter à soi – à ses émotions, à ses besoins – et à l’instant, pour ne pas tout vivre sur un mode de consommation frénétique et gagner en confiance en soi et en bien-être. Ce n’est évident ni pour moi ni pour mes enfants. J’entends certains des pleurs de ma fille de huit mois comme une tentative désespérée pour se couper des stimuli du monde ; je lis dans les pitreries qu’exécute sans relâche mon fils en fin de journée l’énergie ultime d’un corps qui refuse de reconnaître qu’il n’en peut déjà plus. Pour les aider à s’abandonner, les guider vers le lâcher prise, bien souvent mon compagnon ou moi-même nous couchons à leur côté pour former autour d’eux un petit cocon. Lors d’une conférence à laquelle j’assistai récemment, j’ai été frappée que l’invitée évoque le fait que certaines jardinières (institutrices maternelles dans les écoles Steiner) éprouvent aujourd’hui une semblable nécessité d’entourer de leurs bras les enfants pour qu’ils parviennent à se relâcher au moment de la sieste.

Comment tisser de manière autonome son propre cocon ?  Comment y inviter nos enfants ?

Prêter attention au souffle en utilisant l’imaginaire est une voie. Faire momentanément abstraction du mental pour se mettre à l’écoute d’un rythme vital, celui de la respiration, et prendre conscience d’une énergie qui émane du centre du corps et se répand jusqu’aux plus fines ramifications des schèmes musculaires. Cela peut se faire par le biais d’une activité comme la marche, par exemple, mais également d’autres pratiques peut-être plus adaptées à notre quotidien sédentaire, comme le yoga ou la méditation. Ces dernières années, de nombreux ouvrages ont paru pour nous proposer d’initier nos enfants à ses pratiques. Si je consacre un article à l’un d’entre eux qui vient de m’être envoyé par les Éditions Albin Michel, c’est que le point fort de Bonjour, le calme d’Anne Crahay est, à mon sens, d’être particulièrement adapté pour les plus petits, dès 2 ans / 2 ans et demi (quand la plupart sont plutôt destinés aux quatre-cinq ans).

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Une parfaite boîte à forme (ou « imbucare ») pour bébé June

La « boîte à forme unique », ou « imbucare » (de l’italien : « mettre dans un trou »), permet à l’enfant d’appréhender le concept de permanence de l’objet développé en psychologie cognitive, lequel est à mettre en parallèle selon moi des enjeux du jeu du fort-da (ou « jeu de la bobine ») tel qu’il a été identifié par Freud et du stade du miroir lacanien : pour le dire (trop) rapidement, le tout-petit reconnaît que les objets et les personnes qui l’entourent sont extérieurs à lui-même, et qu’ils continuent d’exister même lorsqu’ils ne sont pas directement perceptibles par ses sens. C’est ce qui explique notamment l’enthousiasme des enfants de cet âge pour les jeux de « coucou » (ou « peek-a-boo »).

Outre le concept de permanence de l’objet, la boîte à forme unique permet à l’enfant d’exercer et d’affiner ses compétences de motricité fine. C’est pourquoi cette boîte, qui fait partie du matériel destiné aux 0-3 ans dans la pédagogie montessori, se décline sous plusieurs variantes qui font entre elles l’objet d’une progression. L’idée principale à retenir étant que les boîtes à formes (au pluriel) traditionnellement proposées dans le commerce ne sont pas à la portée du tout-petit parce qu’elles n’isolent pas la difficulté. Plutôt qu’une boîte à ouvertures multiples, la pédagogie montessori présente successivement à l’enfant une série de boîtes à forme unique, qui épargnent à l’enfant la partie « discrimination » pour qu’il puisse se concentrer sur la manipulation.

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Pour le droit d’offrir du « matériel pédagogique » aux enfants

[cet article fait suite à la réflexion initiée par Biboumam dans cet article, et est une réponse à sa « commande » ; qu’elle en soit remerciée]

Je manifeste pour le droit d’offrir du « matériel pédagogique » aux enfants. Aux alentours de Noël, je suis souvent mal à l’aise de lire au détour des blogs qui touchent de près ou de loin aux pédagogies actives des commentaires un peu incendiaires (voire des articles entiers) dès qu’une maman à l’audace de demander des conseils pour offrir du matériel d’inspiration montessori à ses mômes : « Malheureuse ! On n’offre pas de matériel pédagogique à Noël ! » « Et le droit des enfants à recevoir des Lego et des Playmobil, alors ? » Commentaires d’autant plus ironiques que ce sont les mêmes qui passeront pourtant le reste de l’année à faire l’éloge de ce « matériel pédagogique » et des prouesses d’intelligence et de dextérité que leurs enfants acquièrent pas son biais, générant par là même la demande de la pauvre maman bien intentionnée. Tu l’auras compris, je me range bien entendu dans la catégorie des mamans très présentes sur les réseaux sociaux et réponse à tout que je pointe d’un doigt accusateur ; que ce billet soit donc lu comme une auto-critique. Sauf que… j’offre du matériel pédagogique aux enfants pour les fêtes de saison et même pour leur anniversaire. Mère indigne, qui n’a rien compris aux principes élémentaires de la pédagogie montessori !

Évidemment, il y a dans notre société des manifestes bien plus importants à soutenir. Mais j’avais envie de te montrer quelques chouettes idées de « matériel pédagogique » arrivées chez nous récemment, tout eu donnant un peu de fond à la chose par quelques réflexions qui n’engagent que moi, mais dont la lecture déculpabilisera peut-être certain.e.s.

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« Maurice & co » devient « Bonjour Maurice » !

Te souviens-tu qu’au printemps dernier, je te parlais d’une marque belge de vêtements pour enfants, réversibles, ludiques et éthiques ? En 2017, Maurice & co, la marque au poisson rouge, pousse le bouchon un peu plus loin et devient… Bonjour Maurice ! Le changement de nom accompagne un défi plus ambitieux : propulser la marque, forte de son beau succès en Belgique, sur la scène internationale, tout en conservant les valeurs originales du projet : fabrication éthique et circuit-court, tissus certifiés GOTS.

Pour cette première collection sous un nouveau nom, Bonjour Maurice s’offre un tout nouveau site internet, et mise sur les modèles intelligents et bien coupés qui ont fait son succès, dans des imprimés à la fois chics et colorés !

Depuis bientôt un an, Django aime toujours autant son gilet « Vadim » et ses beaux boutons de bois, qui demeure également ma pièce favorite parce qu’il donne tout de suite un petit quelque chose en plus à une tenue. Django le pioche souvent dans sa garde-robe et il n’est pas rare que, pendant la journée, il décide soudain de porter son gilet de l’autre côté, jouant à passer du versant coloré au versant sobre en m’expliquant que cela s’accorde mieux à ses chaussettes. Pour Noël, June a eu la surprise de recevoir elle aussi un mini « Vadim » de la part de son parrain (à force de saouler tout mon entourage avec mes coups de cœur écolo, gniiiiiii ; merci merci) ! Du coup, l’occasion était trop belle : les voici assortis, avec un bloomer « Billy » et un sarouel « Isidore » du même tissu. Moi qui détestais que ma grand-mère nous offre des vêtements similaires à ma sœur et moi, je ne résiste pas. Heureusement que, pour le moment, Django trouve cela encore plus amusant que moi !

J’ajoute que ma commande est arrivée avec des détails soignés qui ont fait la joie de mon petit garçon : la jolie carte qui accompagne le paquet, la boîte de crayons miniatures et le coloriage de… poissons, et les étiquettes aimantées des vêtements que Django s’est rapidement appropriées.

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Pour fêter l’ouverture de la nouvelle boutique, Géraldine et Céline ont accepté de répondre à quelques questions : un petit aperçu sur leur quotidien et leurs meilleures adresses, en Belgique ou sur la Toile

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Matériaux de récup’ pour bac sensoriel d’hiver 

J’ai un petit côté schizophrène : d’une part, je passe un temps considérable à ranger et désencombrer la maison, de l’autre, je stocke compulsivement tout ce qui un jour pourrait nous être utile dans nos jeux ou projets de toutes sortes (bouts de tissus, jolies branches, papiers divers, cailloux, bouchons de liège…). Toute la place que je libère (visuellement et mentalement) se trouve ainsi presque aussitôt comblée.

Bon. Au moins, parmi tout ce bazar, je commence à trouver de quoi composer des bacs thématiques. Voici celui créé pour le solstice d’hiver. Certains rechignent à utiliser de la nourriture dans les bacs sensoriels (arc-en-ciel de spaghetti, semoule pour les versés, etc.), chez moi c’est le coup de la bombe de mousse à raser en guise de neige qui passe très mal (je ne consacre pas mon temps à trouver des alternatives à ce genre de produits de « soin » – sans même parler du déchet de la bonbonne elle-même – et à surveiller la composition des vêtements des enfants pour leur faire plonger les mains dans une substance trop douteuse à mon goût). Du coup, la neige est représentée par des chips d’amidon de maïs récupérés dans un colis (l’avantage de commander souvent en ligne, mais cela s’achète également). Leur légèreté leur permet de jouer efficacement leur rôle de flocons ; il y a même moyen de les glisser dans un goulot de bouteille en plastique et de « saupoudrer » la scène. Ouhhhh, il neige !

Note que je me la joue nature, mais que notre bac n’est pas exempt de dérivés de pétrole : outre la bouteille, il y a bien sûr les figurines Schleich en plastique et des blocs de mousse (encore des matériaux d’emballage de divers colis) dans lequel j’ai piqué quelques branches cueillies en balade. Pour la banquise, de gros galets blancs, et pour les tanières, des arcs en bois aux couleurs (waldorf) de l’hiver. Les figurines en bois étaient notre cadeau de Noël pour June : je t’en reparle sans doute bientôt. Il y a également des miroirs incassables au fond du bac pour donner une dimension supplémentaire au jeu.

 

Animaux de la forêt enneigée et animaux polaires se côtoient : je n’ai pas eu le cœur de détromper Django qui était pour la première fois très enthousiaste à jouer avec les figurines d’animaux. Depuis, j’ai toutefois acheté un Atlas des animaux et sa Yaya lui a offert une mappemonde.

 

J’aurais bien creusé un igloo dans un morceau de polystyrène, mais nous avons un problème avec ce matériau à la maison : Django est pris de frénésie dès qu’il en voit, et il ne peut s’empêcher d’émietter aussitôt la chose comme un fou (c’est assez étrange, car ça ne lui ressemble pas vraiment comme comportement), au point qu’il faut que je la planque pour ne pas en retrouver partout dans la maison.

 

Pour rappel, les plans de notre table d’exploration sensorielle sont disponibles gratuitement ici.

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Eureka : j’ai un sling !

J’ai déjà écrit précédemment mon amour du portage. Le portage est toujours pour moi synonyme de tendresse, de liberté, de confort, et je ne compte plus les fois où il m’a été d’un grand secours, surtout dans les premiers mois de vie de mes bébés. Malheureusement pour moi et mon petit garçon, très tôt durant ma deuxième grossesse, j’ai été interdite de portage (très affaiblie physiquement, au moindre écart, j’avais droit à une nuit de contractions extrêmement douloureuses et stressantes). Tu imagines avec quelle impatience j’attendais la naissance de June pour porter à nouveau !

Je ne suis toujours pas une collectionneuse de porte-bébés, mais au fil du temps, je peux écrire des retours sur les quelques modèles utilisés. Après avoir chéri les écharpes tissées et testé préformés et mei-taï, j’ai profité de l’arrivée de June pour me faire offrir une extensible JPMBB par son parrain (bon, en vrai, j’ai demandé la sienne à prêter et j’ai eu la chance d’en recevoir une). Je n’avais encore jamais porté en extensible et j’ai trouvé que c’était vraiment idéal pour débuter, car le nœud est d’une facilité déconcertante par rapport aux nœuds en écharpe tissée, qui demandent une certaine prise en main (surtout avec un nouveau-né). Je cherchais également une écharpe que je puisse garder sur moi en voiture sur la route des vacances, afin de ne pas traîner mes 5 mètres d’écharpe le long des aires d’autoroutes à chaque pause pipi : avec l’extensible, j’étais comblée !

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L’amour qui se dédouble, le reste (le temps, les bras, la patience…) qui se partage

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Le b.a.-ba des couches lavables

Django a porté des couches lavables jusqu’à ce qu’il devienne continent, en janvier 2016. En septembre, j’ai ressorti tout le stock pour June. Je n’ai jamais parlé de couches lavables sur le blog, car ce n’est pas un sujet que je trouve particulièrement excitant et que d’autres le font beaucoup mieux que moi. Note que j’admets volontiers que certaines mamans craquent complètement pour les jolis imprimés des couches, mais ce n’est pas mon cas : j’ai d’autres addictions (les petits vêtements en laine et en coton bio, notamment, tu le sais déjà). Puisqu’on me pose de plus en plus souvent des questions à ce sujet, toutefois, je me suis dit que ça valait peut-être la peine d’en faire un article. Fidèle à moi-même, je partage mon expérience avec laquelle je te laisse te dépatouiller, sans prétendre aucunement être une experte sur la question. Tes remarques et interrogations sont les bienvenues ; par chance, il y aura même peut-être une lectrice plus calée pour te répondre…

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C’est parti ! Les couches lavables : Pourquoi ? Comment les choisir ? Comment les entretenir ?

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Tu as six mois, et déjà j’oublie tout

Mon bébé lune, ma douce, ma jolie June,

Tu as six mois. Déjà. Quelle claque dans la figure il y a quelques semaines tandis que, te regardant rire aux éclats devant la palette de pitreries que ton frère ne déclinait que pour le plaisir de tes yeux d’argent, je me suis rendu compte que tu n’étais déjà plus mon nourrisson, ma toute petite, mon minuscule bébé qui se lovait si naturellement au creux de mes bras, ta peau contre ma peau, me donnant le sentiment que mon corps était un refuge qui pourrait t’abriter de tous les malheurs de l’univers. Je t’ai vue soudain si grande du haut de tes six mois, toi que je ne cesse pourtant d’observer chaque jour, et les larmes me sont montées aux yeux ; des larmes de fierté de te voir t’ouvrir si naturellement au monde chaque jour davantage et des larmes de détresse de mesurer brusquement combien le temps file vite entre mes doigts. Ô, je le sais depuis longtemps, ma June, que le temps passe toujours trop vite auprès de ceux qu’on aime, mais il est malgré tout de ces instants qui te rappellent cette vérité sans s’annoncer. Ton papa me dit ressentir parfois une même urgence de s’allonger auprès de toi endormie, pour tenter de stopper cette course effrénée.

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Mais je le connais depuis longtemps, mon ange, ce temps dont les minutes s’égrainent si vite ; j’ai appris à apprivoiser sa violence, j’essaye de ne plus être cette Alice qui court après le lapin blanc. Alors j’ai profité, j’ai profité me semble-t-il de chaque seconde de cet été avec vous deux, de ce congé de maternité lumineux que vous avez eu la tendresse de m’offrir. J’ai savouré les terribles courbatures des premiers jours après l’accouchement, j’ai souri de la difficulté que j’avais à seulement lever un bras tant j’avais sollicité tous les muscles de mon corps pour te mettre au monde, j’ai écouté religieusement les conseils de ma sage-femme de ne pas bouger un orteil hors de ce grand lit qui était devenu le quartier général de la maisonnée. J’ai donné le temps à mon corps de se reposer et de se réparer malgré le beau soleil qui brillait comme une invitation au dehors. J’ai saisi cette occasion de n’être qu’à toi, de ne respirer qu’à travers toi, de me shooter – littéralement – à l’odeur de ton corps que ta naissance à la maison m’avait donné l’opportunité de ne pas encore laver. J’ai lu quelque part que certaines sages-femmes se disent droguées à cette odeur là, celle du vernix présent sur la peau des nouveau-nés, et je me suis dit alors que j’avais peut-être raté ma vocation.

Car j’ai beau avoir savouré ces instants avec vous, ces premiers moments avec toi ma Douce, ma toute-petite, j’ai beau avoir déployé tant d’attention pour retenir ces purs instants de joie, j’oublie. Je me souviens avoir ressenti un incroyable sentiment de plénitude en te donnant la vie, je me souviens avoir modestement éprouvé l’impression d’être en parfaite adéquation avec le monde, parfaitement à ma place ou dans le rôle que la nature semblait m’avoir dévolu. Oui, je m’en souviens, parce que je l’ai écrit (un peu ici, plus longuement et différemment rien que pour toi et moi), parce que je me le suis répété et que je l’ai partagé, à ton papa, à mes proches, ou à toute oreille complaisante qui voulait bien m’entendre. Oui, je me souviens que des premiers jours passés près de toi j’ai tiré une force et une quiétude que je n’avais jamais éprouvées jusque là, mais la nature même de cette sensation a disparu. Je l’ai oubliée, à mesure que le quotidien a repris ses droits, au contact des contingences de la vie familiale, d’abord, puis professionnelle. Je l’ai perdue, sans doute, en me dépêchant une fois de trop un matin pour ne pas arriver en retard au travail, ou bien en interrompant un de ces câlins lactés qui t’emportent doucement dans le sommeil pour aller essuyer les fesses de ton frère, ce petit bonhomme si généreux mais qui trouve, bien sûr, toujours les moments les plus opportuns pour manifester un irrépressible besoin de ma présence. J’ai oublié, June, l’odeur si enivrante de ta peau recouverte de vernix, et en prendre conscience me serre la gorge si douloureusement que j’en perds les mots pour écrire l’intensité des sentiments qui me lient à toi.

Je me souviens des rayons de soleil que je laissais filtrer à travers les rideaux de la chambre, mais j’ai laissé s’échapper le souvenir de leur chaleur réconfortante. Je me souviens t’avoir tenue presque constamment contre moi, d’avoir lové ton petit corps contre mon ventre que tu venais de quitter. Je me souviens de la joie à nous déshabiller toutes les deux rapidement à chaque fois que tu réclamais du lait pour t’allaiter en peau à peau. Je me souviens de tous les massages que je t’ai faits dans l’espoir d’apprendre par cœur du bout des doigts le tracé de ton corps. Je me souviens des précautions attentionnées de ton frère, cherchant comment apprivoiser ce petit être si intriguant dont il se sentait vraisemblablement tellement proche mais qu’il ne savait pas très bien comment aborder. Je me souviens de nos siestes, tous les trois, dans le grand lit, de ce moment quotidien d’abandon tranquille et quasi total qui me permettait de surmonter la fatigue du reste de la journée. Je me souviens, oui, mais la saveur exacte de ces instants est irrémédiablement perdue, désormais. Nulle photographie ou vidéo, nul mot, ne pourra la ressusciter. La mémoire a déjà posé son filtre flou sur les événements ; par chance, celui-ci est extrêmement lumineux et j’ai bien l’intention de raviver le plus longtemps possible son aura.

Tu es un de ses petits bébés qui s’accrochent fermement à la vie, June : dès tes premiers instants sur cette terre, à peine t’ai-je prise contre moi, tu as refermé tes petits poings décidés sur la peau de ma poitrine et il aurait été bien mal accueilli celui qui aurait tenté de t’en empêcher. De cela aussi, je me souviens. Encore aujourd’hui, tu happes, tu arroches et tu attires à toi ceux qui te plaisent et que tu entends bien ne pas lâcher. Tu possèdes en toi une ténacité que peu de gens soupçonneraient chez un si jeune être humain. A mesure que j’observe tes mains potelées et si volontaires s’ouvrir pour aller à la rencontre des objets du monde, je pressens que c’est avec un immense morceau de moi-même qu’elles s’en iront happer d’autres réalités.

Pauvres cœurs des mères que nous sommes, qui brillent de fierté à l’idée qu’un jour nos enfants n’auront plus besoin de chercher refuge dans nos bras et que, forts de cette confiance en soi que leurs mains sont venues puiser dans la puissance inconditionnelle de notre amour, ils s’en iront insouciants avec ce morceau de nous-mêmes qu’ils ont forgé de leur présence, et qu’il ne restera à ces mêmes cœurs qu’à rafistoler maladroitement tout en souriant.

Aussi, je ne nous souhaite rien d’autre, ma princesse, que la capacité de savourer ces précieuses minutes durant lesquelles tu feras de moi toujours un peu plus ta maman. Et quand bien même le temps devrait ôter les nuances de leurs couleurs, il me restera l’intensité de leur lumière, et tant d’autres souvenirs à construire avec toi.

Je t’aime

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