Ah oui, c’est vrai, deux ans ; j’avais (presque) oublié cette intensité

« Elle a quel âge, ta fille ? Deux ans ! Et ça va ? Elle ne fait pas trop de crises ? »

Non, ma fille ne fait pas de crises. Ou en tout cas, très peu. Ma fille fait des bêtises, beaucoup de bêtises. Vite, vite, griffonner à côté de la feuille de dessin, sur les jouets du grand-frère, avant que maman ne vienne retirer les crayons de couleurs. Sans faire de bruit, pour ne pas que papa s’en rende compte, tartiner la table de yaourt et ajouter un peu d’eau pour que la texture soit plus intéressante à étaler avec les mains.

Oui, ma fille a deux ans. Mais elle les vit de manière si différente que son frère, que j’avais presque oublié que c’était cela, avoir deux ans : s’ouvrir vers l’extérieur, appréhender son univers direct avec tout le corps, expérimenter et ressentir intensément, aimer l’ordre (pas toujours celui que l’adulte perçoit), vouloir faire seul (sans toujours être capable de le dire)…

… et faire soupirer (voire crier ?) les adultes qui l’entourent. Davantage que ma fille, c’est bien plus moi qui me mets en colère. Inévitablement ? Peut-être pas.

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De la violence du monde à l’apprentissage de la gestion des émotions

En ce moment, je me passionne plus que jamais pour la question de la gestion des émotions. Cette préoccupation a une motivation double : je cherche d’une part à enrichir et améliorer nos échanges relationnels à la maison, et j’essaye d’autre part de trouver une réponse constructive vis-à-vis d’une tendance globale à la légitimation de la violence à laquelle mon quotidien me confronte tous les jours. Du point de vue de l’actualité, cette violence me touche particulièrement lorsqu’elle est adressée à l’encontre des minorités. J’en fais également l’expérience sur un plan plus personnel : lorsque je défends mes choix pour une éducation non violente ou que je m’offusque de la violence témoignée à l’encontre des enfants par l’entremise de ce blog, il arrive que l’agressivité soit directement dirigée contre ma personne. Ce n’est évidemment pas simple à gérer : attaquée bassement en tant qu’individu, ma première réaction est de vouloir répondre avec tout autant de colère et de violence, ce qu’il me faut à tout prix éviter pour qu’existe une possibilité de dialogue. Cela est difficile, et me coûte énormément de temps et d’énergie, pour un échange qui demeure généralement stérile. Néanmoins, je suis convaincue qu’il s’agit d’une question primordiale. L’extrême violence dont témoignent aujourd’hui la plupart des discours contemporains dominants (discours politique, discours moral, discours médical, discours éducatif, discours commercial, discours psychologisant, discours d’entreprise, voire même discours médiatique), et que reflète à un autre niveau la violence que nous-mêmes déployons dans nos réponses à autrui (que celui-ci soit un parfait inconnu ou notre propre enfant), est une conséquence du peu de valeur accordée à l’empathie par la société contemporaine, société qui réduit plus volontiers le sujet humain à un type, à une « étiquette » qu’elle ne cherche à comprendre ce qui constitue son intériorité (c’est-à-dire ses émotions et ses sentiments, mais également ses croyances, les logiques cognitives qui lui sont propres, etc.). Je crois qu’inviter chacun, à commencer par nous-mêmes, à identifier et à accueillir ces réactions émotionnelles contribue à endiguer cette violence, qui en est précisément une des manifestations. Et, pour ENFIN en venir à un sujet dans la ligne éditoriale de ce blog, j’en parle ici car je crois qu’il en va de notre rôle d’éducateur.

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L’espace pour les histoires et les temps de retour au calme à la maison

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