Étiquette : pédagogie active

Ma bibliothèque Reggio

Dans une tentative de répondre à une demande qui m’est régulièrement adressée, voici une esquisse de ressources autour de l’approche Reggio, qui est, comme tu le sais peut-être, la « pédagogie active » avec laquelle je me sens le plus en phase. Cette liste est bien entendu non exhaustive (il s’agit seulement de présenter mes ressources préférées, pas de te noyer sous les références), amenée à évoluer et participative : tu es libre de l’enrichir de tes suggestions et de tes impressions de lecture via la section « commentaires » de cet article (ou via l’onglet « contact » ci-dessus, si tu ne souhaites pas laisser directement ton empreinte sur le blog). Je retiendrai de temps en temps les propositions qui me semblent les plus pertinentes pour étayer cette bibliothèque Reggio.

[photo de l’été dernier]

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Plutôt que jeter #1 : cirer les chaussures… en couleurs !

Cirer ses chaussures, voilà bien une activité de vie pratique par excellence pour le cycle 3 à 6 ans dans la pédagogie montessori. L’idée est bonne : l’enfant travaille sa motricité fine et sa faculté de concentration, en même temps qu’il se fixe un objectif et détermine toutes les étapes nécessaires pour y arriver (ôter les salissures du soulier, appliquer le cirage, attendre un instant, lustrer la chaussure à l’aide d’une brosse ; aaaaah les fameuses compétences exécutives dont je te parlais l’autre jour). Si bien que c’est une activité que nous avons déjà pratiquée quelques fois Django et moi ; cet été, nous avons même tenté de réaliser notre propre cirage à base de cire d’abeille (mais la recette n’était pas très équilibrée et le cirage trop dur pour que Django puisse vraiment l’utiliser).

Depuis plusieurs mois, mon fils me réclame du cirage rouge pour redonner leurs éclats à ses chaussures. Il faut comprendre sa déception : l’avant/après d’une activité cirage sur une paire de souliers de papa ou maman est plutôt saisissant ! On apprécie aussitôt le résultat d’une paire de chaussures bien cirée, qui semble comme neuve. Ce n’est pas le cas pour les chaussures d’enfant qui ont bien souvent leur bout complètement élimé par les jeux au sol ou les freinages répétés de draisienne (et c’est bien normal, il serait bien dommage que les enfants doivent prendre garde à ne pas abîmer leurs souliers au détriment de leurs jeux). Devant le dépit de mon petit garçon qui n’était pas parvenu à produire sur ses chaussures l’effet escompté, j’avais glissé que peut-être, avec un peu de cirage rouge… Depuis, il n’en démordait pas : il lui fallait du cirage rouge !

Alors quand je suis tombée sur mon fil Instagram sur une publication de Marche Mallow vantant leur gamme de crème teignante, j’ai souri… et j’ai aussitôt écrit un message à la boutique bruxelloise pour leur proposer un partenariat (en vrai, c’est drôle : je venais de refuser de participer à la campagne d’une marque de papier de toilette humide bien connue, et me voilà à solliciter une petite boutique belge de chaussures en leur disant que j’ai envie d’écrire un article sur comment rendre les petits garçons heureux en leur offrant du cirage rouge ; c’est toujours comme ça ce blog, a priori personne ne devinerait quels sujets je vais trouver excitant). Marche Mallow n’a pas eu l’air de me prendre pour une folle. J’ai reçu un duo crème teignante + crème de soin colorée en rose pâle pour une paire de chaussures de June et j’ai acheté un duo similaire en rouge pour Django.

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Quand Céline Alvarez parle des compétences exécutives

Jeudi dernier avait lieu la deuxième conférence de Céline Alvarez organisée par Emergences à Bruxelles. Ne compte pas sur moi pour un résumé des deux heures de conférence ni pour une critique chevronnée de la conférencière (oui, Céline Alvarez enfonce des portes ouvertes – mais elle ne s’en cache pas ; oui, son travail surfe sur une vague d’engouement pour les pédagogies dites « actives » – mais il l’alimente également, ce dont je ne vois personnellement qu’une occasion de se réjouir, d’autant que ses propos ont l’immense qualité selon moi de véritablement célébrer le potentiel d’intelligenceS de l’enfant ; non, je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’elle affirme – notamment lorsqu’elle clame que l’être humain apprend naturellement sans effort, ou lorsqu’elle se félicite que les « sciences » confirment désormais ce que certains pédagogues et médecins pressentaient depuis longtemps, voulant en fait parler des avancées récentes en sciences neurocognitives et oubliant que les sciences sociales en sont aussi, des « sciences », et que leurs postulats ne sont pas rendus légitimes par de vagues intuitions mais par des travaux de recherche rigoureux, s’échelonnant sur plusieurs dizaines d’années). Je voulais simplement revenir ici sur une question qui m’a particulièrement intéressée, essentiellement parce qu’elle touche à quelque chose que j’ai envie de développer dans ma pratique d’enseignement, et que Céline Alvarez appelle « les compétences exécutives de l’être humain ».

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L’autonomie, mais pourquoi ?

Quasiment dans chaque article que j’écris à propos des pédagogies actives, je te bassine à propos de l’autonomie de l’enfant : laisser à l’enfant l’opportunité de faire seul, aménager l’espace pour ne pas entraver ses motivations à mener à bien une activité, etc. Autonomie, autonomie, mon grand dada… et finalement POURQUOI ? C’est devenu une telle évidence pour moi désormais (et bien que ça ne l’était pas nécessairement avant que je ne devienne maman) que je ne questionne plus la légitimité de cette affirmation : pourquoi encourager nos enfants à faire seul ?

C’est une question que ma belle-sœur m’a posé cet été qui est venue interroger cette évidence, une question posée – je crois – sans animosité ou jugement, avec un vrai point d’interrogation derrière ; je ne sais plus si cette question concernait le fait que je salue l’enthousiasme de ma petite fille d’un an à mettre seule la table ou le récent réaménagement de la buanderie à destination des enfants – peu importe, mais une question qui disait en somme :

pourquoi pousser l’enfant à faire seul quand on peut lui épargner des efforts, du temps pour faire autre chose (sous-entendu « de plus intéressant ») et lui exprimer en l’aidant combien nous l’aimons et sommes là pour lui ?

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Proposition d’activité : et s’il suffisait de changer de perspective ?

Lorsqu’on consomme quantité de blogs de parentalité aux propositions d’activité* toutes plus belles les unes que les autres, le risque est, au mieux, de dépenser beaucoup de temps et d’énergie (et parfois d’argent) à tâcher de reproduire la même chose à la maison ou, au pire, de se décourager et de renoncer finalement à faire quoi que ce soit.

Bien sûr, il y a des parents qui trouveront énormément de plaisir ou de gratification dans la réflexion et la préparation de l’activité en elle-même ; c’est parfait ! Que tous les autres se rassurent en sachant qu’il n’est pas nécessaire de passer ses week-ends à découper des banquises dans de la frigolite pour monter une proposition d’activité qui puisse passionner vos rejetons.

*pour comprendre ce que j’entends par « proposition d’activité », la lecture de cet article te sera peut-être utile.

De quoi a besoin une proposition d’activité pour exister en tant que telle ?

  • De résulter de l’observation fine, par l’adulte, de l’enfant, dans le but de cerner quelques-uns de ses intérêts du moment ;
  • de mettre en œuvre une discipline et du matériel que l’adulte pressent comme pouvant répondre à un ou plusieurs de ces intérêts ;
  • d’être disposée dans l’espace de travail ou de jeu de manière à fonctionner comme une invitation pour l’enfant à s’en saisir (c’est là la dimension esthétique et ouverte – je ne trouve pas de meilleure épithète – de la proposition) ;
  • d’être laissée à la libre disposition de l’enfant (même lorsque l’activité nécessite une démonstration de l’adulte ou la lecture d’une consigne, l’enfant est par la suite libre de s’en saisir quand bon lui semble… ou s’en détourner).

Ceci n’étant qu’une ébauche personnelle de réponse à un questionnement qui m’anime, sache que tous tes commentaires sont les bienvenus pour enrichir ou interroger cette définition.

Parfois, il en faut peu…

Il suffit parfois de changer la perspective d’un matériel que l’on croyait épuisé ou au contraire hors de portée, parce que délaissé par l’enfant, pour que celui-ci revête soudain un intérêt nouveau.

Ici, une plaque pour blocs encastrables et deux morceaux de double face auront suffi à donner une nouvelle dimension à un panier de blocs délaissé depuis plusieurs semaines (ou plutôt exclusivement destiné à être répandu aux quatre coins de la cuisine, ce dont mes orteils se plaignaient beaucoup).

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Il ne manquait à cette petite fille, encore incapable d’emboîter les pièces sur la plaque, qu’un grand-frère ravit de s’exécuter à sa place pour qu’elle puisse aussitôt ôter les pièces. Le jeu devint vite à qui des deux joyeux larrons serait le plus rapide, et j’ai eu droit à de grands éclats de rire pendant les quelques jours que le jeu les a captivés.

Une fois June ayant jugé avoir fait le tour de la chose, mon fils a construit deux ou trois villes horizontales, et cherché comment y fixer des véhicules. Parvenu à ses fins à deux ou trois reprises, il s’est à son tour détourné de ce matériel qui n’offre à un enfant de trois ans que des possibilités de construction limitées, et j’ai rangé le panier de blocs en plastique… pour le ressortir trois semaines plus tard, dans la salle-de-bain.

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Parfois, il suffit de changer la perspective pour qu’un matériel puisse être redécouvert par l’enfant : installer aquarelles et crayons de couleur dans le jardin, ajouter un miroir à l’espace de construction, déplacer le coin poupées de la chambre vers le salon, inviter les Playmobil dans le bac sensoriel, utiliser une table lumineuse pour mettre en valeur un puzzle…

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Les plus belles figurines d’animaux en bois

Si les adeptes de la pédagogie Montessori utilisent généralement les figurines d’animaux en plastique de type Schleich pour leur caractère ultra-réaliste, les familles qui instaurent chez elles une ambiance Waldorf leur préfèrent les figurines en bois, utilisées pour les jeux libres ou les tables des saisons. Toutes constituent des petits présents de naissance ou d’anniversaire idéaux, décorant joliment les étagères des chambres d’enfants. En ce qui concerne les animaux en bois, mon conseil est de les choisir non vernis, d’une épaisseur qui leur permette à la fois de tenir aisément debout et d’être manipulés par des petites mains, peints avec des couleurs hydrosolubles et des huiles non toxiques, et fabriquées dans un bois issu de forêts gérées durablement.

 

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[sources images : 1-3-4-5-6, catalogues des marques citées ; 2, A Blessed Nest]

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Élever des papillons à l’école ou à la maison

En février, je te parlais dans cet article de notre intention d’élever des papillons pour célébrer le printemps. L’aventure a récemment pris fin, aussi je te propose de t’en faire un petit reportage en images. Toute la famille a été conquise : de la plus petite qui se demandait bien pourquoi nous passions autant de temps à observer ces bestioles, à mon aîné qui a passé de longs moments à observer la transformation des petites créatures en enrichissant considérablement son vocabulaire, en passant par mon homme qui jetait de réguliers coups d’œil à la table d’observation. Quant à moi, je devinais que j’allais être très intriguée par cette activité et ça n’a pas loupé : j’ai trouvée l’expérience à la fois passionnante et un peu inquiétante, et j’ai appris beaucoup de choses. Pédagogiquement, outre les apprentissages biologiques évidents, je trouve que c’est un fabuleux moyen pour que les jeunes enfants puissent faire concrètement l’expérience du temps qui passe (tu sais combien je suis sensible aux activités qui permettent d’appréhender ou de ritualiser le temps) !

A la suite des photos, je te donne des liens vers le kit d’élevage et d’autres ressources utiles.

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Premiers jours : les chenilles grossissent à vue d’œil dans leur petit contenant rempli de nourriture ; c’est très impressionnant.

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Apprentissages autonomes : et si nos enfants n’avaient pas besoin qu’on leur enseigne pour apprendre ?

Tu m’écris parfois que tu ne comprends pas comment j’arrive à proposer autant d’activités aux enfants, ce à quoi je te réponds invariablement que s’il me semble que je n’arrête jamais, je ne déploie pas une créativité extraordinaire pour mes enfants. À lire tant de blogs qui fourmillent d’activités intéressantes, j’ai mille idées de séquences ou de thématiques que je voudrais transposer à la maison. La vérité, c’est que j’en réalise bien peu, pour tout un tas de raisons, parmi lesquelles la préparation extrêmement chronophage de beaucoup d’activités par rapport au temps de jeu auquel elles donnent lieu. Mes propositions d’activités ont d’ailleurs encore considérablement diminué depuis ma deuxième grossesse et la naissance de June, faute de temps, d’énergie et d’organisation.

De l’art de ne point trop en faire (et s’en faire)

Si je fais l’impasse sur ces merveilleuses activités, mon enfant en sera-t-il moins épanoui ou moins intelligent ?

Sans avoir bien entendu la réponse à cette question, depuis que mon premier enfant est né, j’ai cheminé à travers les diverses pédagogies actives vers les apprentissages autonomes. Aujourd’hui, je suis intimement convaincue que nos enfants apprennent « seuls », au rythme et en réaction à l’environnement qui sont les leurs. Une de mes grandes joies au quotidien est de m’émerveiller de ces apprentissages : « Tiens, Django reconnaît l’écriture de certains chiffres et s’amuse beaucoup à inventer des rimes », « Oh, June s’essaye à prononcer « au revoir » et « encore » tout en faisant signe de la main ». Plus j’observe les enfants, plus je me dis qu’ils n’ont décidément pas besoin qu’on leur apprenne quoi que ce soit : ils construisent par eux-mêmes tous les apprentissages qui leur sont nécessaires pour grandir dans une société comme la nôtre.

Si nous avons toujours de bonnes idées de choses à faire faire aux enfants, ils n’auront pas suffisamment de temps pour avoir des idées eux-mêmes. Ensuite, ils peuvent se mettre à penser que toutes les bonnes idées viennent des adultes et ainsi devenir dépendants de nous.
(John Holt)

N’aidez jamais un enfant à faire une tâche qu’il se sent capable d’accomplir seul.
(Maria Montessori)

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Le rôle de l’éducateur

Oh, ça ne me veut pas dire que l’adulte n’a rien à faire ou que sa tâche est aisée, bien au contraire…

Ma première mission de parent est de me rendre disponible, physiquement et mentalement. C’est pour moi le plus difficile, et cela explique d’ailleurs que je cherche à réduire le temps que je consacre à préparer des activités (mais aussi des repas, des lessives, des articles de blog, héhé) pour ÊTRE au maximum avec mes enfants.

Ma tâche consiste ensuite à assurer à l’enfant un cadre favorable aux apprentissages, de deux manières essentielles :

  • en lui fournissant un environnement adapté

Ce que les adultes peuvent faire pour les enfants, c’est leur rendre ce monde et ses habitants plus accessibles et plus évidents. Le mot clé est accès : aux personnes, aux lieux, aux expériences […] Nous pouvons aussi mettre à leur disposition des outils, des livres […] et toutes autres ressources.
(John Holt)

L’éducation authentique ne se fait pas de A vers B, ni de A sur B, mais par A avec B, par l’intermédiaire du monde.
(Paulo Freire)

  • en adoptant un comportement bienveillant (envers autrui, envers l’enfant, envers moi-même) et exemplaire

Ce que les enfants veulent et ce dont ils ont besoin de notre part c’est une attention authentique. Ils veulent que nous les remarquions et que nous prêtions attention à ce qu’ils font, que nous les prenions au sérieux, que nous leur fassions confiance et que nous les respections en tant qu’êtres humains.
(John Holt)

Ce ne sont pas les discours moralisants, ce ne sont pas les exhortations raisonnées qui agissent sur l’enfant dans le sens indiqué, mais les actes que les grandes personnes accomplissent de manière visible sous ses yeux.
(Rudolf Steiner)

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Django prépare une salade de fruits ; opinel pour enfants chez Manine Montessori

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Matériaux de récup’ pour paniers aux trésors

Paradoxe de mon quotidien : d’un côté, je passe un temps considérable à trier, donner, jeter, ranger pour libérer de l’espace, de l’autre, j’accumule les bouchons de lait et de vin, les pommes de pin, les papiers colorés, les boîtes, les matériaux d’emballage, les pièces de petites voitures cassées que mon fils refuse de jeter… Reggio et minimalisme ne sont décidément compatibles qu’à condition de faire de la nature le terrain de jeu exclusif (ce qui serait, de mon point de vue, tout à fait super). Bon, pour être un minimum cohérente, j’essaye de limiter tout nouvel achat de matériel et de faire avec ce dont recèlent nos armoires. Et, bonne nouvelle, les enfants ne demandent souvent pas mieux !

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Quand je vide les armoires dans l’espoir d’y voir plus clair et de faire varier les paniers et plateaux à disposition des enfants

June est à cet âge délicieux où le moindre objet est digne d’un intérêt soutenu… à condition de varier les propositions !

Ma maman a bien résumé la chose, l’autre jour, en s’exclamant : « June, elle ne veut jamais jouer avec SES jouets ! Elle ne s’intéresse qu’au contenu des tiroirs de cuisine et aux petites voitures de son frère ! ». Ils me font doucement rire, les jouets en question pensés pour les moins de un an : malgré leurs jolies couleurs et leurs bruits interpellants, ils ne pourront jamais rivaliser avec cette fabuleuse louche en inox dont un adulte semble avoir une si grande utilité ou les véhicules extraordinaires pour lesquels le grand frère a tant d’intérêt. J’ai bien gardé un ou deux hochets de bois que JE trouve vraiment beaux, mais passés quatre ou cinq mois, June les a snobés après dix minutes au même titre que les peluches qui font « pouet » ou les livres à froisser. À la rigueur, ceux qui peuvent se mâchouiller ou se regarder sans fin ont le droit de rester (quelques animaux en bois ; les premiers imagiers), les autres sont priés de faire place…

Mais place à quoi ?

Aux paniers aux trésors, pardi, emplis de tous les objets que tu glaneras dans la maison. Je relis cet article écrit à l’époque où Django avait le même âge que June aujourd’hui, et je me rends compte que mes enfants ont beau être de caractères fort différents, il y a des objets qui possèdent vraisemblablement un pouvoir d’attraction incontestable sur les bébés de huit-dix mois. Une cuiller, par exemple, ou une bouteille d’eau ! Très naturellement, on reprend donc les mêmes et on recommence. L’activité ne coûte rien, est rapide à monter et occupe bien, à condition de la renouveler au bout de quelques jours.

Sur ces photos, j’ai composé trois paniers sensoriels : un panier d’objets en bois/bambou/osier, un panier d’objets en métal, un panier d’objets en tissu. Sans surprise, June affectionne tout particulièrement celui qui fait le plus de bruit. Emma m’a écrit sur Instagram : « Quand les objets parlent, c’est tellement plus rigolo ! » ; je me suis dit que la formule était belle.

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La balle de préhension vient de chez Fool de Wool, nos paniers sont presque tous issus de chez Oxfam et le reste sort des tiroirs de la cuisine et de la salle-de-bain ou de mon armoire à couture. Le meilleur, dans l’histoire, étant que mon fils de trois ans ne peut s’empêcher de faire lui aussi l’inspection des paniers… et d’improviser un concert sur casserole que sa petite sœur se fait une joie d’imiter.

Et si tu cherches June une fois qu’elle a vidé intégralement le contenu de ses paniers et s’en est détournée, ne t’inquiète pas : ces petits pieds qui seuls dépassent de l’armoire à « loose parts » malgré tout le soin que tu auras pris à en bloquer les poignées sont assurément les siens ; le reste de son corps doit être en train de s’interroger sur la possibilité de gober une châtaigne ou de tester la qualité du grain du papier à dessin.

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Pour que s’habiller seul devienne un jeu d’enfant

Je ne sais pas si tu as déjà eu l’occasion de faire ce constat chez toi, mais de mon côté, je ne cesse de m’émerveiller devant les trésors de patience et de persévérance que sont capables de déployer les enfants de mon entourage pour acquérir une compétence nouvelle au moment où celle-ci correspond à leur intérêt et à leurs capacités motrices. Les premières fois qu’ils marchent, qu’ils se servent de l’eau à l’aide d’une carafe, qu’ils cirent leurs chaussures… : l’activité ne leur semble pas rébarbative ; au contraire, elle les mobilise complètement, voire génère un véritable enthousiasme. D’où l’intérêt de confier certaines tâches aux enfants dès leur plus jeune âge : proposées à une période où elles constituent un défi que l’enfant peut relever (c’est-à-dire qui n’est ni trop facile, ni trop difficile), ranger ses affaires, mettre la table, plier les serviettes… sont autant d’activités qui ne seront pas perçues comme des corvées, mais qui se révèleront valorisantes pour l’enfant. À l’inverse, lorsque j’accomplis à la place de mes enfants des tâches qu’ils sont pourtant en mesure de réaliser seuls (comme il m’arrive encore souvent de le faire et ce pour toute sorte de mauvaises raisons : vouloir leur rendre service, aller plus vite, être plus efficace…), je cours un double risque : d’une part, une fois l’activité devenue trop aisée pour la dextérité de l’enfant, il sera difficile de l’y intéresser ; d’autre part, le fait de faire systématiquement à sa place suggère à l’enfant que je ne le juge pas capable, ce qui altère son estime de soi et son désir d’autonomie.

C’est quelque chose que j’observe à propos d’innombrables apprentissages, parmi lesquels celui de s’habiller seul. C’est généralement aux alentours de deux ans que l’enfant, fort de sa récente capacité à faire des choix (mais encore souvent incapable d’arrêter rapidement ceux-ci, ce qui explique qu’il change énormément d’avis), commence à exprimer ses préférences en matière vestimentaire. Pour l’encourager et lui permettre de prendre des initiatives, voici quelques idées parmi lesquelles piocher de l’inspiration :

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Lire Montessori, ou la promesse d’un séisme

Les ouvrages de vulgarisation autour de la pédagogie montessori se multiplient et je dois bien avouer que je ne leur trouve pas grand intérêt*. Les écrits de Maria Montessori étant tout à fait accessibles (matériellement et intellectuellement), je ne vois pas ce qui justifie de leur préférer une brève synthèse de ses grands principes pédagogiques accompagnée de quelques belles photos de plateaux montessoriens, comme on en trouve par ailleurs beaucoup sur la Toile (gratuitement et résultant parfois d’une réflexion pédagogique plus profonde). Loin de m’offusquer de cette profusion de nouveaux livres, je me réjouis au contraire que les pédagogies actives aient à ce point le vent en poupe et que Montessori leur serve de figure de proue. J’ai moi-même approché cette pédagogie pour la première fois par un ouvrage de vulgarisation prêté par une copine. Cependant, je ne peux m’empêcher de regretter que ces ouvrages de vulgarisation n’aient pas le caractère transgressif des écrits de Maria Montessori (voire que, dans le pire des cas, ils puissent avoir un effet culpabilisant ou pousser à des achats frénétiques de matériel pédagogique).

De la lecture de Montessori, on ne ressort que profondément ébranlé, car c’est la conception globale de l’enfant, de la singularité de ses intelligences et de ses potentialités, ainsi que l’ensemble des croyances qui fondent les pratiques éducatives et didactiques traditionnelles (et ce plus de 100 ans plus tard et malgré le succès incontestable de cette pédagogie), qui s’en trouvent durablement remises en question.

Il ne suffit pas de bannir parc et trotteur pour pratiquer la motricité libre (dont Montessori, quand bien même n’utilisait-elle pas l’expression, fut assurément l’une des chantres), comme il ne suffit pas d’installer un quelconque matériel sur un plateau pour créer un environnement montessorien stimulant.

Ce qui change, en lisant Montessori, ce n’est pas tant la qualité et la quantité des activités que nous proposons à nos enfants (à coup de progressions minutieusement pensées et de matériel permettant le contrôle de l’erreur, en fonction de périodes sensibles qu’il ne faut pas rater, blablabla) que le regard que nous posons sur eux et, partant, la manière

  • dont nous nous mettons à leur écoute,

  • dont nous nous adressons à eux,

  • dont nous devenons à même de comprendre ce qui les intéresse et pourquoi,

  • dont nous transformons l’environnement, la temporalité et notre propre disponibilité (!) afin qu’ils correspondent au mieux à leurs besoins.

Et chaque fois que je (re)lis Maria Montessori, j’ai la promesse d’être à nouveau secouée : non pas qu’il y ait vraiment quelque chose que je n’ai pas compris à la première lecture (c’est toujours possible, mais ses propos sont vraiment explicites et accessibles), mais parce que je sais par avance que la vie (ou plutôt, les valeurs rendues légitimes par notre société : rapidité, performance, conformisme…) m’aura d’une manière ou d’une autre rattrapée, et que les mots limpides et exigeants de Maria Montessori sauront me rappeler le chemin que j’ai choisi d’emprunter.

Sois donc rassuré si tu ne possèdes pas de cabinet de géométrie ou de barres rouges et bleues, et (ré)ouvre Montessori : ce à quoi elle t’invite, c’est à devenir l’observateur attentif des extraordinaires facultés de ton enfant, et l’explorateur de quelques voies qui lui permettront de s’épanouir à son rythme, selon ses besoins et ses centres d’intérêt.

Bien qu’elle puisse être ardue, n’est-ce pas là la plus riche manière d’être parent ou éducateur aujourd’hui ?

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